En Haïti, on n’aime pas les petites victoires. Tuer des moustiques semble faire partie de ces batailles pour lesquelles personne ne se dévoue. De si petites bébêtes, quelle gloire peut-on tirer de leur extermination ? Et pourtant, avec le zika et les autres pathologies que transmettent les maringouins, des responsables, fiers d’avoir le titre de général dans la guerre contre les moustiques, devraient se lever par centaines pour parcourir le pays à la recherche de soldats pour partir en croisade contre ces vecteurs de maladies. Vendredi dernier, quand à Bethesda, en Virginie, dans la salle de conférence de l'Institut national des allergies et maladies infectieuses, l’éminent Anthony Fauci, immunologiste américain de renom, explique, au petit groupe de journalistes haïtiens qui l’écoute, les risques que l’on encourt avec le zika, c’est cette question qui vient à l’esprit : qui veut être le général en chef de la guerre contre les moustiques ? Plus encore que lors de la visite du même groupe, deux jours plus tôt à l’Organisation panaméricaine de la santé, les risques que les moustiques causent des dégâts inestimables à la population la plus pauvre et la moins bien préparée des Amériques pour contrer les épidémies multiples sautent aux yeux. Jusqu’à présent, en dépit de l’épisode chikungunya, de la présence chronique de la filariose lymphatique, communément appelée éléphantiasis, du paludisme et de la malaria, en dépit des menaces que la fièvre dengue, la fièvre jaune, la fièvre du Nil occidental, l'encéphalite japonaise ou la fièvre de la vallée du Rift nous frappent, aucune mobilisation audible contre les gîtes et les maringouins ne se fait sentir. Dans le cas d’Haïti, deux types de moustiques sont les principaux vecteurs de maladies: les aèdès et les anophèles. La lutte contre ces petites bêtes nuisibles est plus que jamais une urgente nécessité car quand un maringouin vole comme on ne peut pas savoir qui est le mâle, qui est la femelle, on ne distingue pas non plus les inoffensifs moustiques des aèdès et des anophèles quand ces minus nous piquent. Le ministère de la Santé publique, celui de la Communication, les associations de médecins et de médias vont-ils enfin se mettre ensemble pour entamer une campagne vantant l’usage généralisé des vêtements appropriés, des répulsifs, des insecticides, des moustiquaires pour minimiser les risques ? Les autorités vont-elles sensibiliser à l’utilité d’éradiquer tous les points d’eaux stagnantes pour « éliminer les gîtes larvaires potentiels des moustiques en vidant, nettoyant ou recouvrant les contenants susceptibles de retenir l’eau, même en petite quantité, par exemple les seaux, les pots de fleurs et les pneus » (OMS) ? Ou organiser de vraies campagnes de fumigation ? Jusqu’à présent, les moustiques on vivait avec, habitués à leurs piqûres. Avec la découverte du premier cas de microcéphalie lié directement au zika, la menace prend une autre tournure. Il nous faut de toute urgence des généraux dans la guerre antimoustique avant que les maringouins nous transmettent les pires des maux.