Magik 9 a diffusé mercredi le témoignage d’un compatriote qui a traversé l’Amérique latine pour rejoindre les Etats-Unis d’Amérique. Un périple de 9 535 kilomètres très exactement, la distance entre Chapeco, ville de l’Etat de Santa Catarina au Brésil où il vivait, et San Diego en Californie, aux Etats-Unis d’Amérique, là où il a reçu le fameux TPS lui permettant de rester pour le moment au pays de Donald Trump. Dans un récit qui mélange road movie et bêtes fantastiques, sévices sexuels et négociations avec les trafiquants d’êtres humains qui peuplent le chemin menant vers les terres d’espérance, cet Haïtien explique son parcours et les difficultés qu’il a dû surmonter. Cela donne froid dans le dos de l’entendre et incite au respect pour ces nouveaux Christophe Colomb d’un nouveau genre. Cela fait des années maintenant que nos compatriotes les plus hardis émigrent au Brésil. Terre d’accueil généreux depuis 2010 pour une portion non négligeable de la population haïtienne, le pays de la samba connaît un ralentissement économique et des vagues d’arrivées de migrants venus du monde entier qu’il ne peut plus accommoder. Cela entraîne un exode. La recherche de nouvelles terres promises. Et voilà des Haïtiens embarqués dans le défrichement de chemins nouveaux. C’est en dessinant la nouvelle géographie du chercher la vie que de plus en plus d’Haïtiens se retrouvent aujourd’hui disséminés dans tous les pays de l’Amérique, de la Terre de feu à l’Alaska. C’est nouveau et cela entraîne des heurts, des crises, des abus, des deuils. Des centaines de millions de dollars changent de mains depuis 2010. Pour payer les billets d’avion et autres moyens de transport. Pour survivre. Pour payer les passeurs. Pour faire les transferts en vue de soutenir les parents restés au pays. A la différence des canters, des boat people des années 70, 80, 90, ce ne sont pas les plus pauvres qui partent. Pas les persécutés politiques. Ce sont des jeunes, éduqués, ambitieux et, des fois, des professionnels installés. Ceux qui partent sont tous ceux qui refusent de rester à se morfondre, résignés, dans un pays qui ne leur esquisse aucun projet d’avenir. C’est la sève qui s'en va, encore une fois, laissant l’arbre dépérir. L’échec de nos années de l’après tremblement de terre. L’échec de la reconstruction. L’échec de l’aide internationale. L’échec de l’utilisation du fonds PetroCaribe. L’échec du non-projet national. C’est tout cela le carburant qui alimente l’errance sur les sentiers périlleux de la forme la plus dangereuse de l’immigration. Encore une fois, sans doute aucun, l’élite d’Haïti se réjouit sous cape de ce délestage. Incapable qu’elle est de convertir l’énergie du désespoir en projet d’avenir.