Tout a commencé pour Haïti par l’entrée en lice de Luciano Édouard Joseph en haltérophilie. Pour préparer ces jeux, il s’est cantonné en République dominicaine. En effet, si l’athlète de 62 kg a eu le mérite de se qualifier pour les Jeux de Rio, il n’a cependant rien pu faire face à des adversaires de très haut niveau. Terminé à la 6e place après l’épreuve épaulé-jeté, Édouard allait, contre toute attente, abandonner en prenant la 15e et l’avant-dernière place de sa catégorie.
Pour sa part, Josué Déprez, en judo, qui espérait terminer sa carrière internationale avec une médaille aux JO de Rio, n’a pu concrétiser ce rêve. Opposé en seizièmes de finale à l’Allemand Igor Wandtke, l’athlète de (-73 kg) traitait, jusque-là, d’égal à égal avec son adversaire aux deux premiers rounds. Toutefois, il s’est fait pénaliser dans les ultimes secondes au troisième round. La conséquence fut immédiate : Déprez a été éliminé. Et c’est le Japonais Shohei Ono qui allait s’emparer de la médaille d’or de cette catégorie.
En boxe, le jeune Richardson Hitchins (17 ans), présenté par le président du COH comme grand espoir de médaille pour Haïti, allait subir le même sort que les deux premiers athlètes. En effet, en seizièmes de finale du poids super léger hommes (-64kg), il avait hérité de l’Américain Gary Antuanne Russel. Bien qu’il ait eu la volonté d’aller de l’avant, il a été, contre toute attente, et ce malgré sa brillante qualification, stoppé par son adversaire 3 à 0. En effet, à l’unanimité, les juges ont tranché à l’avantage de Russel. Et Hitchins a pris la porte de la sortie.
En natation, Mike Frantz Dorsainvil a fait un petit tour au stade olympique de natation et s’en va au niveau du 50m nage libre. Le natif de Carrefour n’a pris que la 85e place (30’’86) sur un total de 87 nageurs, alors que ce sont les trois premiers qui allaient être médaillés. Ayant la faveur de la presse haïtienne avant ces jeux, Naomy Grand-Pierre, 2e de sa série (27’’46), fut classée finalement à la 56e position. Étant donné qu’on a décidé de prendre les seize meilleurs temps, elle n’a pu disputer la suite de la compétition.
Pour ce qui est de l’athlétisme, Haïti n’a, une nouvelle fois, pas brillé à Rio. Cependant, Jeffrey Julmis a réalisé quelque chose qualifié d'exceptionnel par les observateurs et salué par une bonne partie de la presse internationale. En effet, après s’être qualifié pour les demi-finales (13’’66), Julmis, qui reste l’unique athlète du pays ayant franchi l’étape du premier tour à ces JO, va être éliminé après avoir heurté une haie. Ce faisant, il a laissé champ libre à Omar Mc Leod (Jamaïque) qui allait s’emparer de la médaille d’or.
Malgré tout, le quotidien français L'Equipe a écrit à propos de Julmis : « Après être tombé, Jeffrey Julmis a terminé seul sa course. Il a vécu une étonnante finale du 110 m haies. Avant tout triste puisque le hudler d’Haïti a chuté dès la première haie. Mais au lieu de rentrer directement aux vestiaires, chemin que prenaient ses adversaires qui venaient de terminer leur course, il s’est décidé à finir son 110 m haies. Seul, donc, mais sous les vivats de la foule, Julmis a coupé la ligne plus de 25 secondes après être sorti des starting-blocks ».
De leur côté, Darrell Wesh en 100 m et Mulern Jean en 100 m haies n’ont pas brillé à Rio. En effet, le premier n’a pris que la 54e place en réalisant un temps de 10’’39. Une performance médiocre en comparaison au temps mis par le champion jamaïcain Usain Bolt (9’’81) pour remporter la médaille d’or. En ce qui a trait à la seconde, elle a été disqualifiée.
Au fait, les jours se suivent et se ressemblent pour les athlètes haïtiens à ces jeux. Il ne reste à présent que deux représentants d’Haïti à Rio. Ce sont : Aniya Nécol Louissaint (taekwondo) et Asnage Castelly (lutte). En effet, à côté de Jeffrey Julmis, Aniya (-67 kg), en taekwondo, a étonné plus d’un en faisant trembler la championne du monde, la Française Haby Niaré, médaille d’argent à ces jeux. Elle a eu le mérite de toucher avec son pied la tête de Niaré avant de perdre le combat (5-4). Et face à l’Ivoirienne Ruth Gbagbi, en repêchage, Aniya, qui avait livré le match de sa vie face à Haby, n’a plus de ressources pour venir à bout de son adversaire. Elle a laissé les Jeux en se faisant battre 7 à 2.
À propos d’Aniya, la Française a eu des propos très élogieux. Au terme de ces jeux, les autorités du CIO ont remis un diplôme à l'Haïtienne pour avoir pris la septième place olympique.
Pour finir, Asnage Castelly, qui a fait savoir que c’est lui, l’unique athlète et dirigeant de sa fédération, n’a pas eu la chance de prendre les JO d’assaut. Le porte-drapeau de la délégation haïtienne a été malmené, voire humilié 4 à 0 par le futur champion de la catégorie des moins de 74 kg, le lutteur Iranien Hassan Yazdani. Repêché, Asnage a été, une nouvelle fois, corrigé par le lutteur Turc Soner Demirtas 4 à 0.
Après avoir passé au crible les performances de nos athlètes, on se demande sur quels critères le Dr Hans Larsen, président du COH, se basait pour parler d’espoir de médailles pour Haïti à ces Jeux ? N’a-t-il pas dit, il y a de cela deux ans, une médaille ça se gagne et ça se prépare ? Or, l’Etat haïtien n’a financé qu’à hauteur de 4,5 millions de gourdes la délégation haïtienne deux jours avant son départ pour Rio de Janeiro. Et que dire des autres membres de la délégation ?
De 1924 à Paris (France) à 2016 à Rio de Janeiro (Brésil), Haïti vient de participer pour la 14e fois aux Jeux olympiques. Dans l’ensemble, Haïti n’a gagné que deux médailles : une médaille de bronze avec son équipe de tir, composée respectivement de Ludovic Augustin, Destin Destiné, Eloi Métullus, Astrel Rolland et Ludovic Valborge aux Jeux de Paris (1924), et une médaille d’argent, en 1928, gagnée par Sylvio Cator à Amsterdam (Pays-Bas). Il faut être centenaire pour avoir à l’esprit les images montrant les représentants d’Haïti soulever une médaille dans l’histoire des Jeux olympiques.
Peut-on espérer voir Haïti glaner, du 24 juillet au 9 août 2020 aux JO de Tokyo (Japon), une médaille, peu importe sa couleur ? La question reste posée, car sans une vraie politique de sport, Haïti participera à ces Jeux toujours avec l’esprit de Pierre de Coubertin : « L’essentiel c’est de participer. »
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