Haïti a une chance inouïe et traîne une déveine carabinée.
Une chance inouïe car tous les pays qui, comme nous, connaissent une intrusion massive de la communauté internationale sur son territoire ou dans la conduite de ses affaires vont de mal en pis depuis des années.
L’Irak, l’Afghanistan, la Libye, la République démocratique du Congo ou la Syrie, pour ne citer que ces cas extrêmes, vivent des situations bien plus compliquées que la nôtre en dépit du fait que, comme nous, ils connaissent une sollicitude agissante de leurs pays amis, avec, comme ici, des troupes sur leur sol.
Par chance, l’État failli n’a pas débouché en Haïti sur la guerre civile et autres calamités. Mais ceci n’empêche que nous avons une déveine excessive.
N’allons pas plus loin que l’après-séisme.
Depuis la fameuse réunion de mars 2010 au siège des Nations unies à New York, qui peut dire ce que sont devenus les 11 milliards de dollars promis pour la reconstruction du pays? Six ans plus tard, quels sont les grandes réalisations sorties de terre avec l'argent effectivement reçu?
Pendant la même période, l’argent de PetroCaribe n’a-t-il pas été tout aussi mal dépensé que l’enquête qui essaie de retracer les fautes de gestion des uns et des autres est, elle, mal ficelée ? Près de deux milliards de dollars de fonds frais décaissés. Pour quels résultats ? Quels changements majeurs ?
Le budget national connaît à chaque exercice fiscal un sort similaire. Avec le peu qu’on a, on aurait pu faire plus. On aurait pu mieux faire. Mais, d’année en année, le souci du bien public disparaît. Se dilue. On accapare le bien sans penser au public.
Les organisations internationales ne font pas mieux. Les coopérations bilatérales non plus. Quelle ONG ou quel pays ami d’Haïti peut se targuer d’avoir employé son argent avec efficience et est aujourd’hui fier de ses réalisations dans le pays depuis six ans ?
La Croix-Rouge américaine, la Minustah et beaucoup d’autres acteurs de l’humanitaire ou du développement, avec Haïti comme théâtre d’opération, peuvent en dire long sur comment faire du mal en pensant bien faire.
Nos faiblesses terrassent nos institutions. Nos malheurs multiples servent de prétexte à toutes les dérives. Les dérives engrossent notre malheur. Nos faiblesses se perpétuent, se multiplient et peuplent notre quotidien, chaque jour un peu plus, de nouvelles monstruosités.
Avec le pire tableau de notre hémisphère dans quasiment tous les domaines, Haïti, avec les élections qui s’en viennent, peut changer de cap. Qui aujourd’hui y croit ? Qui voit dans le débat électoral actuel poindre l’équipe ou le moindre plan monté pour sortir le pays de la spirale de l’après 12 janvier 2010 ?
Si la déveine sera encore avec nous pour les années à venir, rien ne dit que la chance sera son compagnon, si nous nous évertuons à assassiner l’espérance.
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