Durant plus d’une semaine, la hausse des prix de produits pétroliers est le sujet de toutes les conversations, des discussions en Haïti et à l'étranger. L’ardeur des prises de position sur les réseaux sociaux peuvent en témoigner. Les conséquences de l’augmentation des prix sont incalculables. Les autorités n’ont pas pris de temps pour revoir la décision. N’empêche que les prochains jours seront encore sombres pour l’économie de ce pays toujours à l’agonie.
Le premier ministre, Enex Jean-Charles, s’est attardé récemment, en marge d’un conseil de gouvernement dans des explications sur la hausse des prix de produits pétroliers. «Depuis octobre 2015, dit-il, la décision de revoir les prix à la hausse devrait être prise. Cela n’a pas été fait. Ça arrive souvent dans le pays à l’approche des élections lorsque les autorités doivent agir comme il se doit. Les mesures n’ont pas été appliquées dans le budget en cours actuellement». Qui doit faire quoi et ne l’a pas fait correctement ?
Le Premier ministre a vite rappelé qu’«en Haïti nous ne produisons pas de produits pétroliers, ni la gazoline, ni le diesel, ni le kérosène, ni le propane, ni les lubrifiants. On les achète naturellement de l’extérieur en dollar américain. A la pompe, les prix sont affichés en gourde. Les prix des produits pétroliers tels que nous les connaissons aujourd’hui sont ceux qui correspondent à un taux équivalent à 43 gourdes pour un dollar. Le gouvernement n’a plus les reins solides pour continuer à supporter une telle charge.»
Lorsque le gouvernement précédent avait pris la décision de garder les prix à la pompe, il avait arrêté d'honorer ses dettes et de garder les fonds en gourdes sans les dépenser, ni même les placer. Le Premier ministre haïtien s’est fait pédagogue en expliquent que les gourdes gardées dans les comptes de l’État ne suffisent plus pour acheter la quantité de produits nécessaires au fonctionnement habituel de la nation avec les effets combinés de l’inflation et de l’appréciation du billet vert.
Enex Jean-Charles, qui a fait carrière dans la fonction publique, comprend très bien que le pouvoir exécutif n’est pas le seul à diriger les destinées de la république. Les pouvoirs législatifs et judiciaires sont aussi du lot. Le Sénat, une des branches du pouvoir législatif a demandé au président, à travers une résolution de surseoir sur la hausse annoncée et revenir sur les prix antérieurs. En attendant, des négociations doivent s’engager avec les différents secteurs concernés, notamment le secteur privé, les syndicats et les consommateurs…
Encore des négociations pour fixer les prix d’un produit stratégique, sensible et transversal. Quand les prix du pétrole augmentent, il entraine tout sur son passage. Qui dit négociation, dit concession, dit parfois mauvais arrangement avec l’espoir de jouer la montre en faveur des autorités établies. Ce qui doit être fait mérite d’être bien fait. Pourquoi les équipes qui se sont succédé au pouvoir ont toujours eu une peur bleue de prendre des décisions dites impopulaires? Pourquoi attendre que les moments soient critiques avant de s’expliquer auprès de la population ? A chaque fois on fait différer l’explosion de la bombe sans vraiment la désamorcer. N’a –t-on pas prévu les mécanismes de fixation des prix ? Qui peut s’en charger à la veille des joutes déterminantes pour le pays? Et comment ?
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