Niveau trop bas de la compétition locale, championnat dominicain en gestation, amateurisme des joueurs évoluant au stade, les expressions qui ont accompagné l’arrivée de Patrice Neveu à la tête des Grenadiers n’avaient pas poussé le sélectionneur à chercher à connaître les joueurs qui évoluent en Haïti et en République dominicaine, alors qu’il avait promis d’intégrer les meilleurs de ces éléments en sélection. Quelques preuves dans son discours et celui de son entourage :
Le sélectionneur ne connaît pas les joueurs en forme :
« Qui est Charles Hérold Jr ? On ne m’en a jamais parlé » (3 juin 2016 à l’hôtel la Renaissance de Seattle. « Vous avez dit Cliff Cantave. Ben je ne le connais pas » 1er septembre 2016 au stade Sylvio Cator. « Ce n’est que jeudi (1er septembre, la veille du match Haïti vs Costa Rica au stade Sylvio Cator) qu’ayant besoin de 3 joueurs afin de pouvoir faire un face-à-face que le sélectionneur avait demandé à 3 joueurs de la sélection nationale U20 (en préparation au ranch) de le rejoindre au stade. Au cours de ce petit face à face, le sélectionneur a vu que le jeune Ronaldo Damus pouvait apporter quelque chose et l’a retenu. Donc, on n’a pas eu le temps de solliciter un visa jamaïcain pour lui », selon Yves Dadou Jean-Bart, le 3 septembre sur des réseaux sociaux. (C’est nous qui traduisons le texte écrit en créole). Autant d’éléments qui indiquent que le sélectionneur n’a pas pu suivre les joueurs évoluant en Haïti et en République dominicaine et, donc, ignore qui est en forme ou pas.
Qui convoque alors en sélection ?
Question logique car si le sélectionneur ne connaît pas les joueurs en forme du moment, il ne peut que convoquer sur la suggestion de quelqu’un ou piocher dans une liste préétablie. Dans la première comme dans la seconde hypothèse, les dés étaient pipés. D’une part, selon certaines sources, plus d'un voudrait suggérer des éléments au sélectionneur pour satisfaire des intérêts mesquins n’ayant aucun rapport avec les objectifs définis dans son contrat. Se sentant en face d’une hydre à plusieurs têtes dirigeantes dans ce contexte, ce dernier aurait choisi de réduire ce canal hiérarchique aux trois principales têtes (son président, le secrétaire général et le manager des sélections). Une réduction qui l’aurait mise dos à dos avec plusieurs partenaires. D’autre part, son unique victoire avant le 6 septembre ayant été obtenue avec des joueurs qui faisaient partie d’une liste préétablie, certains auraient souhaité qu’il leur laisse le choix de la convocation des joueurs. Toujours est-il que partant de l’évidence que le sélectionneur ne connaît pas les joueurs évoluant dans le championnat local, c’est une main cachée, un sélectionneur sévissant dans l’ombre qui effectuait le travail de sélectionneur et Neveu celui d’entraîneur.
"Une sélection nationale réunit les meilleurs éléments du pays puisqu’elle est la vitrine du pays », dixit Yves Jean-Bart à plusieurs reprises autour de la polémique sur la présence des joueurs évoluant dans le championnat local et le championnat dominicain aux côtés des expatriés dans la sélection nationale. Sachant que le concept meilleur est relatif et temporel et qu’il peut quelquefois qualifier des éléments évoluant dans le championnat local, quelqu’un a demandé à l’administrateur des sélections nationales pourquoi les joueurs évoluant dans le championnat local ne sont pas représentés en sélection nationale : «N’est-ce pas la qualification qui est importante ? Si vous l’avez, il faut vous en contenter ». Telle a été la réaction de Robert Jean Bart à l’hôtel la Renaissance le 3 juin 2016 à Seattle. Interprétation possible, les joueurs évoluant ailleurs sont toujours meilleurs que ceux évoluant dans le championnat local. Quoi qu'il en soit les joueurs évoluant dans le championnat local n’étaient pas prévus dans les plans du sélectionneur.
Ce que le mixage a démontré
Le mixage enfin réalisé par la contrainte du temps a permis aux Grenadiers d'obtenir leur premier succès dans cette seconde phase des éliminatoires. Certes c’est pour le prestige, mais le prestige fait aussi partie du sport. Beaucoup pensent qu’évoquer la présence de joueurs évoluant dans le championnat local tient d'un désir de diviser ou de rejeter les joueurs évoluant en diaspora. Un argument de mauvaise foi visant justement à diviser ceux qui l’évoquent et les joueurs évoluant en diaspora. Or une sélection nationale n’est plus une de ces petites équipes constituées autour de celui qui disposait d’un ballon (peu importe de quoi il était fait) et qui évoluait sur un terrain vague.
Que d’intransigeances du possesseur du ballon ont dû subir ceux qui voulaient jouer à cette époque ? Une sélection c’est un groupe réuni autour d’un même objectif et être sur le terrain, sur le banc de touche, dans la formation qui sert de sparring partner pour préparer la victoire est une participation au succès et à la gloire qui réagit sur la sélection et sur son environnement. Joueurs évoluant dans le championnat local ou dans la diaspora ne forment qu’un en sélection nationale et souhaiter que les meilleurs du moment soient réunis dans l’objectif de la victoire n’est qu’une manifestation de la passion de voir Haïti briller partout où elle sera et non d'une volonté de diviser. La preuve, c’est Haïti qui a battu la Jamaïque. Pas des joueurs de la diaspora, ni des joueurs évoluant dans le championnat local.
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