Parlez-nous un peu de l’importance des femmes aux postes de direction dans le monde du football. Le monde du football a toujours été géré par des hommes. Malgré le nombre grandissant de joueuses, d’entraîneuses et d’arbitres, il a fallu du temps pour que les femmes intègrent la gestion des clubs et des fédérations. En effet, depuis quelques années, la Fifa a fait de l’intégration de la femme l’une de ses priorités de développement en exigeant la présence d’au moins une femme au sein des comités exécutifs. Présentement, nous retrouvons trois femmes au comité exécutif de la FIFA. Je pense que nous avons encore du chemin à faire afin d’obtenir plus de places et ainsi avoir plus d’influence au niveau décisionnel. La femme, étant un leader dynamique, est un atout considérable à la grande famille du football. Effectivement, je considère que le leadership ne se conjugue ni au féminin, ni au masculin, mais se distingue de préférence par les qualités et les aptitudes. Que signifie le football pour vous ? Le football fait partie de ma famille élargie. J’y ai été impliquée dès mon plus jeune âge, par certains membres de ma famille qui étaient eux-mêmes dirigeants de club. Cette passion pour le sport se retrouvait également chez moi étant jeune écolière au Collège Canado haïtien, où je pratiquais le volleyball. A cette époque, le sport était obligatoire au niveau académique. Un grand tournant de ma vie a été l’annonce du football féminin par la FIFA. En effet, j’ai eu la chance d’intégrer l’équipe choisie pour disputer le tout premier match de football féminin en Haïti. Ayant acquis un bon niveau aux entraînements, j’ai été choisie parmi les titulaires de ce grand événement qui a eu lieu le 19 décembre 1971 au parc Ste-Thérèse opposant le Collège Canado haïtien au Sacré-Cœur devant une foule considérable. Mon expérience accumulée depuis tant d’années m’a permis de voir en ce sport un vecteur de rassemblement, un canal d’éducation pour les jeunes, prônant “le vivre ensemble et la solidarité”. Tout en étant un sport, le football reste très populaire et sa popularité mérite d’être protégée et connue des jeunes du monde entier. Personnellement, quel est le plus grand défi que vous avez rencontré dans votre parcours dans le secteur du football ? Mon plus grand défi ? Je dirais mes défis…… : Continuer à combattre les préjugés. Lorsque je jouais, les préjugés contre le football féminin étaient très forts et la rumeur que les femmes jouant au football ne pourront jamais enfanter avait effrayé mes parents, les rendant très réticents à l’idée que je continue à jouer en club; S’engager à l’avancement du football. Des défis, on en rencontre tous les jours, surtout dans mon pays où il n’y a pas d’infrastructures sportives adéquates. Nous travaillons tant bien que mal pour l’avancement du football haïtien et donnons l’exemple afin que la situation du pays ne soit pas une fatalité mais au contraire nous voulons montrer qu’avec le travail, la passion, en utilisant toute la sympathie dont le pays bénéficie et avec la popularité du football, nous pouvons changer le pays, le rendre meilleur par le jeu. Je suis une femme et je conjugue fièrement mes connaissances en affaires, mes compétences en administration, et mon franc-parler constructeur afin de pousser mes collègues du comité exécutif à travailler pour l’excellence. Le grand défi dans une petite fédération dont on exige beaucoup et pour laquelle nous ambitionnons l’excellence est son financement ; je m’engage dans cet autre défi qui est de trouver les fonds nécessaires pour réaliser tous nos projets. Se faire admettre dans un milieu misogyne et être acceptée par ses pairs, c’est le plus grand défi. Avant moi, aucune femme n’avait été élue au comité exécutif ni même à la tête d’un club de football masculin. Lorsque mon nom a été avancé pour rentrer au comité exécutif, nos adversaires s’y sont fortement opposés. Pourtant le cartel dont je faisais partie a été élu à l’unanimité par le congrès, sans doute parce que les grands clubs comme les petits connaissaient mon apport désintéressé et ma connaissance du jeu. Je sentais le besoin d’être encore plus près et d’aider des amis qui étaient comme des frères et dont je partageais les souffrances et les rêves dans ce secteur. Je ne le regrette pas, même si cela a sacrifié ma vie professionnelle et familiale ; j’ai été acceptée grâce à mon obsession à servir les bonnes causes, qui sont ma famille et mon pays. Cela vaut vraiment la peine de prendre en charge presque 400 jeunes talents (filles et garçons) provenant de différentes régions du pays, d’assurer leur formation académique et sportive, de les amener au plus haut niveau international et d’assurer leur épanouissement personnel pour en faire des hommes et des femmes utiles à leur société. C’est une grande satisfaction de rivaliser avec les grands de la CONCACAF avec nos jeunes, de réaliser de si grandes choses avec peu de moyens. Evolution du football féminin dans la Concacaf, un autre énorme défi, car on doit l’avouer, si notre zone compte de grands ténors mondiaux comme le Mexique, le Canada, notamment les USA, il y a encore un grand retard dans les mentalités dans la plupart des pays de la région. Le football est à l’état de balbutiement au sein de la majorité des fédérations. Haïti, qui a pourtant une grande tradition de football féminin avec des compétitions remontant à plus de 40 ans, accuse beaucoup de retard. Mais grâce à un programme ambitieux auquel ma fédération consacre une bonne partie de ses ressources et appuyé par la FIFA, nous avançons rapidement. Il faut sensibiliser toutes, les associations dont l'apport des femmes favorise le développement. Vu que la plupart des pays ressemblent à Haïti, même avec plus de ressources, notre expérience haïtienne devrait être utile; On devrait aussi considérer le rapprochement avec les parents afin d’acquérir leur confiance, l’implication des anciennes joueuses pour développer le jeu dans certains pays de la région. Avez-vous un message pour les filles/ femmes qui désirent travailler à un poste administratif? Je dirais : Vous avez choisi le plus populaire, le plus merveilleux des sports ; quelles que soient votre taille, votre race, votre corpulence, vous pouvez réussir dans le football. Pour nous tous, ceux des pays riches comme des pays pauvres, qui constituons la mosaïque de la région CONCACAF, le football peut changer et changera notre vie, à condition de le pratiquer avec assiduité et passion. Il nous ouvrira bien des portes. Beaucoup de nos filles, provenant de lointaines provinces sans espoir dans un pays où votre origine vous condamne, ont pu se faire un nom, une nouvelle vie grâce au football. En plus de la santé, de la beauté du corps, des relations et avantages multiples, le football changera votre existence à condition de l’aimer et de le servir.