Reginald Boulos avait donné le coup d’envoi bien avant que l’ampleur de la catastrophe ne parvienne à l’entendement en offrant une soixantaine de génératrices au gouvernement. Il a voulu, dit-il, participer à un effort local en support aux abris provisoires où des milliers de personnes allaient s’entasser sans électricité et sans possibilité de recharger leur téléphone, cet outil devenu un bien de première nécessité en cas de catastrophe. Les compagnies de téléphonie, Digicel et Natcom, ont été les premières grandes entreprises à offrir ce qu’elles ont à leurs clients : des équipes de réparation disponibles pour remettre les réseaux en état au plus vite après le passage de Matthew, des minutes d’appel et des SMS gratuits. Cela peut paraître peu à l’échelle de chacun, mais répété pour toute la population des départements affectés, cela fait une somme en ce temps où communiquer est un droit humain de premier ordre. Depuis, les entreprises haïtiennes comme chacun ici, à sa manière, cherchent la meilleure façon de participer à cet élan de solidarité qui nous soulève quand une partie d’entre nous s’écroule. On ne compte pas les initiatives qui se mettent en place, de grandes comme de modestes, toutes allant d’un bon cœur et du désir d’aider. Chaque initiative mérite nos encouragements, mérite d’être célébrée, dans cette société qui ne dit pas assez souvent Merci !!! Bravo !!! Continuez !!! Ce vendredi, au palais national, une équipe du Nouvelliste, en attente d’une interview avec le président Jocelerme Privert, a fait antichambre avec une délégation de l’Association des Industries d’Haïti (ADIH), qui attendait de rencontrer les plus hautes autorités pour faire le lobby d’imposer les produits locaux comme premier recours dans les achats pour venir au secours des sinistrés de Matthew. Consommer local et imposer à nos amis d’irriguer les producteurs locaux pour secourir les zones affectées doivent être une obligation. Nous ne devons pas retomber dans les travers de l’après-séisme quand tout, de la plus petite bouteille d’eau au modèle des shelters, était importé. A la différence de 2010, Port-au-Prince a ses capacités de production intactes. Rien ne serait pire que de tuer les entreprises qui sont sur place pour aider ceux qui sont dans le besoin dans les régions frappées par Matthew. Nous avons tout avantage de nous servir d’abord de ce dont nous disposons sur place, l’obligation de le faire comprendre à ceux qui veulent nous aider, l’exigence de ne pas tolérer la corruption circulaire du détournement de l’aide et des bonnes volontés. Si en 2010 l’État et les élites avaient l’excuse que la capitale et tous nos moyens étaient paralysés par les dégâts du séisme, en 2016, ce n’est plus le cas. Nous avons l'impérative nécessité d'assumer nos responsabilités d’assistance et de reconstruction, de coordonner l’aide et de donner l’assurance et les preuves que nous pouvons mieux faire que la dernière fois.