En publiant son « Bilan partiel d’effectifs d’animaux disparus lors du passage de l’ouragan Matthew », le ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural a-t-il atteint le sommet de la perfection ? En pleine controverse sur le nombre de morts causés par le passage du cyclone- une agence internationale de presse a son décompte, le Centre d’opération d’urgence nationale (COUN) a le sien-, alors que le nombre de maisons détruites ou endommagées n'est pas connu, ni le métré des routes emportées ou abîmées, le travail des agronomes et des vétérinaires de Damien est exemplaire. Nos experts du ministère de l’Agriculture, sur six départements (Sud, Grand'Anse, Nippes, Sud-Est, Ouest et Nord-Ouest) ont pu, moins d’une semaine après le désastre comptabiliser à la virgule près les morts chez les caprins (cabris, chèvres, moutons et agneaux), chez les bovins (taureaux, vaches et veaux), chez les porcins (porcs, truies et pourceaux), chez les équins (chevaux, juments, ânes et bourriques), chez les volailles (poules, coqs, pintades, canards, dindes et oies). En tout, 350 350 animaux ont disparu de la surface d’Haïti. Cette performance de haute précision requiert que le prix Nobel et la médaille Fields, au minimum, leur soient décernés. Bien entendu, l’intitulé de la fiche statistique ne parle pas d’animaux morts, mais bien de disparus. il existe dit-on a Damier des modèles statistiques pour cela. Bien entendu, il faut partir du principe que la population totale des pauvres bêtes était connu au pays ou on ne peut ni compter ni identifier les humains. On ne sait pas si ce sont les propriétaires qui ont fait déclaration par devant les agronomes ou au poste de police le plus proche de leurs domiciles, on ignore si les bêtes en question étaient dotées de puce électronique géolocalisable, ce qui aurait permis leur décompte si rapide, on ne sait pas si la méthode utilisée a demandé des enquêtes sur le terrain ou un simple exercice en bureau fermé? Car pour savoir que 207 000 volailles sont manquantes dans six départements du pays, il faut avoir l’œil et le bon. Cette fiche statistique peut paraître une blague. Il faut pourtant la prendre au sérieux. Elle décrédibilise toutes les statistiques haïtiennes. Ce n’est pas seulement une affaire qui soulève des suspicions sur les motivations des agronomes de Damien friands de projets, elle met en doute toutes autres statistiques que notre pays présentera au sujet de Matthew. On espère, car il faut rêver, que Damien présentera dans les jours à venir, après une vraie enquête sur le terrain, là où Matthew a fait des dégâts et pas seulement là où l’on rêve de petits projets juteux, un nouveau relevé des pertes. La catastrophe est réelle. Les entrepreneurs et surtout les habitants de plusieurs départements du pays ont perdu leur épargne sur patte. Le ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural, les bailleurs qui l’accompagnent, les agronomes et les vétérinaires de ce pays ne peuvent pas nous servir cette salade en guise de bilan des dommages causés par Matthew.