Les dégâts causés par le séisme du 12 janvier 2010 dans les départements de l’Ouest et du Sud-Est et les ravages provoqués par l’ouragan Matthew dans les régions du Sud, de la Grand’Anse et des Nippes, les lundi 3 et mardi 4 octobre 2016, ont mis à nu la vulnérabilité du pays en matière environnementale. A l’instar d’autres pays de la région qui ont été victimes de catastrophes naturelles, Haïti a payé un lourd tribut dans l’espace de ces six dernières années. Hommes, femmes et enfants n’ont pas pu résister à la fureur des rafales de vents et des pluies torrentielles qui ont également détruit des maisons, ravagé des plantations et emporté des têtes de bétail de nos pauvres agriculteurs. La répétition de ces catastrophes, qui ont laissé un pays meurtri et un peuple accablé, doit interpeller la conscience des uns et des autres sur la nécessité de faire pression sur les nouvelles autorités qui prendront la direction des affaires de l’Etat pour appliquer les techniques modernes de gestion en matière d’aménagement du territoire afin de changer le destin du peuple haïtien.
Sur le plan climatique, Haïti est située dans la zone tropicale nord. Ce qui explique qu’elle se retrouve au sein d’une zone caractérisée par de fréquentes perturbations atmosphériques sous forme de cyclones, tempêtes et ouragans. Pendant six mois de l’année, de juin à novembre, Haïti va continuer, comme ses voisins de la région, à subir les effets des intempéries. L’ouragan Matthew a causé des dommages aussi bien à Cuba qu’en Haïti. Pourquoi y a-t-il zéro mort à Cuba et environ 500 pertes en vies humaines en Haïti jusqu'à présent ? La réponse à cette question est sans équivoque. Depuis plusieurs dizaines d’années, les dirigeants qui se sont succédé à la tête de l’Etat n’avaient ni la capacité, ni la compétence, ni l’intelligence d'organiser l’Etat et prendre les dispositions nécessaires afin d’assurer une gouvernance moderne du pays. En matière d’habitat, pas de zonage, pas de normes de construction. On construit n’importe où sans aucune directive de l’Etat ni des collectivités territoriales. Le défi des nouvelles constructions anticycloniques, dans les zones convenables, est une obligation pour les nouvelles autorités qui sortiront des prochaines élections.
Le deuxième défi est la construction parasismique. Depuis l’époque coloniale, des études avaient révélé que l’île d’Haïti est traversée par deux failles sismiques susceptibles de provoquer des tremblements de terre. La faille Enriquillo et la faille septentrionale. Après le séisme du 12 janvier 2010, qui a mis le pays à genoux, occasionnant des pertes énormes en vies humaines jamais enregistrées dans l’histoire récente de l’humanité, des recherches effectuées par des experts dans ce domaine révèlent l’existence d’autres failles actives capables de provoquer, d’une zone à une autre, des secousses sismiques.
Notre pays va-t-il continuer à être victime de catastrophes naturelles de temps à autre ? Aucune nouvelle équipe gouvernementale ne peut empêcher un ouragan de catégorie 4 de ravager des plantations de nos agriculteurs. Cependant, si les nouveaux dirigeants qui sortiront des prochaines élections décident d'élaborer et d'exécuter un programme d’aménagement du territoire et de développement régional avec le soutien de différentes couches de la population, notre pays pourra, d’année en année, diminuer les effets des catastrophes naturelles. Car les programmes d’assistance humanitaire contribuent chaque jour de plus à ternir l’image du pays à l’étranger perçu comme un Etat en faillite.
Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com
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