« Lè w renmen yon bagay, ou mèt pase ventan, trantan ladan l, se ap toujou kòmsi wa p amize w. Ou pran plezi w ladan l ». Avec une réponse pareille, je ne peine pas pour déduire la réponse à ma question : Non, dans 10 ans, Ronald César ne se voit pas ailleurs, évoluant dans un domaine autre que celui auquel il a consacré plus de la moitié de sa vie. Il y a des années de cela, il avait fait choix du journalisme comme métier et il ne compte pas revenir sur cette décision. Même quand sa formation professionnelle pourrait laisser croire le contraire. En effet, son premier diplôme, Ronald l’a obtenu en comptabilité. Le quinquagénaire se remémore ses études à l’école de commerce Julien Craan qui, selon ses dires, ont beaucoup servi à sa formation future quand il a émigré aux États-Unis quelques années plus tard. Il est d’ailleurs détenteur d’une licence en gestion, d’une maîtrise en administration et d’une autre en sciences informatiques maintenant. Et le journalisme dans tout ça ? Il s’agit simplement d’une passion de toujours pour lui. Avec un sourire léger, l’actuel responsable du service créole de la Voix de l’Amérique se rappelle combien il prenait plaisir à écouter les radios Solèy et Nationale. « Je suivais les émissions de ces stations avec un intérêt particulier. Grâce à cela, quand j’ai fait mes débuts sur les ondes, j’ai eu l’air tout expérimenté en lisant mes nouvelles ! », raconte-t-il tandis que l’on est tranquillement attablé dans son bureau au siège de la Voix de l’Amérique à Washington D.C. Ronald César est un autodidacte. « J’ai appris le journalisme sur le tas », admet-il, évoquant la vague de personnes qui se sont tournées vers ce métier à la fin de la dictature des Duvalier en 1986. Il fait ses armes comme correspondant de Radio Antilles Internationales. Bénévole, il collabore avec enthousiasme avant de rejoindre la liste des correspondants de VOA en Haïti. C’est surtout cette institution qui fait office d’école de journalisme pour lui. « Yves Colon détaillait et corrigeait avec moi les textes que je lui soumettais », se rappelle-t-il, reconnaissant envers l’ancien journaliste et professeur à l’université qui l’a formé. Émigré aux États- Unis à la fin des années 80, le gestionnaire de formation a longtemps hésité avant de rejoindre officiellement l’équipe de la Voix de l’Amérique. Une fois sur place, il gravit vite les échelons, allant de section en section à l’intérieur du service créole, dont la première émission a été diffusée le 7 février 1986. Désormais responsable du service, il supervise le travail des autres employés, s’occupe du recrutement du personnel, coordonne avec les correspondants et les stations affiliées. Quand cela s’avère nécessaire, il n’hésite pas à assurer la traduction et la lecture des nouvelles, comme il le faisait si bien à ses débuts. Ses journées vont fort souvent au-delà des 8 heures officielles. C’est notamment le cas lors d’événements comme le séisme de janvier 2010 ou encore le passage de l’ouragan Matthew récemment où le travail à accomplir pour maintenir le monde informé de la situation en Haïti est énorme. Le service créole de la Voix de l’Amérique compte 17 correspondants, répartis en Haïti, à Massachussetts et en Floride. 14 stations de radio haïtiennes basées à Hinche, Mirebalais, Plateau-Central, Jacmel, Cayes, Port-au-Prince et bien d’autres villes du pays sont affiliées à leur programmation. Avec la multiplication des chaînes de télévision locales, les émissions de la Voix de l’Amérique ont encore une plus large audience. Les affiliés de la Voix de l’Amérique retransmettent surtout les 30 premières minutes du programme du matin du service et l'intégralité de ceux diffusés en milieu de journée. Outre ces radios et télévisions affiliées auxquelles VOA donne des antennes paraboliques pour assurer la retransmission, les émissions du service demeurent à la disposition de toutes les autres stations qui fort souvent ne se font pas prier pour y puiser ces informations traitées par des professionnels agréés. VOA offre des segments sur le sport, l’agriculture, la santé, la justice américaine, la musique et l’apprentissage de la langue anglaise, entre autres. Les émissions commencent toujours par un bulletin d’information. « Nous respectons les volontés de tous nos affiliés. Nous les avertissons de la diffusion de toute émission susceptible de ne pas aller dans le même sens que leur ligne de programmation. Sinon, nous évitons de les diffuser pendant leurs heures de retransmission », précise celui qui détient les rênes du service. Marié depuis 1992, Ronald César est actuellement père de trois enfants : Stéphanie, Christopher et Jaden. Bien qu’il ait quitté Haïti depuis plus de 30 ans, le journaliste est resté très attaché à sa terre natale. Son travail requiert bien sûr qu’il soit connecté aux actualités du pays. Mais de son côté, il s’assure de visiter Haïti chaque année, de maintenir des liens avec sa culture. « J’aime Haïti. J’y suis né. J’y ai grandi. Je suis là où je suis aujourd’hui grâce à tout ce que j’y ai appris. Grand supporteur de l’orchestre Tropicana dont il admire le professionnalisme et la discipline, il entonne une première chanson, une deuxième, puis une troisième, accentuant sur les leçons de morale que renferme chacune d’elles. « Les paroles de ces morceaux changent un peu des éternelles chansons traitant des femmes. On y trouve des messages, des conseils. De plus, on ne craint pas de les écouter en présence des enfants », ajoute-t-il avec une pointe de sagesse. Autre lien important entre Ronald César et Haïti, le créole ! Aucun accent ne vient atténuer la voix de l’homme qui a lu les nouvelles de la Voix de l’Amérique pendant plus de quinze années. Nos échanges par e-mail témoignent que son habilité à écrire dans sa langue natale est aussi restée intacte. Des différentes villes du pays, il a aussi gardé des souvenirs intacts. Bien sûr, il lui faudrait faire un peu connaissance avec nos artistes contemporains… Mais sinon, cela ne nous dérange pas que Ronald César soit la voix d'Haïti en Amérique !