Des gens de bien s’occupent depuis des décennies de la direction de la Croix-Rouge haïtienne et des structures de la protection civile en Haïti. Dans ces deux institutions, l’emploi est stable. Des professionnels bien formés sont à leur place. Périodiquement, ils bénéficient de recyclage. Ils côtoient l’élite de leur branche en Haïti, comme à l’étranger. Ils peuvent disserter des heures sur tout, sur rien et surtout sur rien du tout. Pourtant, à chaque catastrophe naturelle ou humaine survenue en Haïti : Jeanne, l’effondrement de l’école la Promesse évangélique, le tremblement de terre ou, plus près de nous, les ravages de Matthew, la Croix-Rouge haïtienne et les services de la protection civile sont dépassés. Leurs réponses ne sont pas à la hauteur des attentes. La coordination de la prévention et celle des secours laissent à désirer. Les premiers à ne pas faire confiance à nos experts nationaux sont leurs homologues étrangers. Ceux qui les forment, les financent, les voient à l’œuvre. La Croix-Rouge américaine ou la Fédération des Croix-Rouge, pour ne citer que ces structures, ont des antennes permanentes sur place. D’autres institutions, à la première alerte, débarquent avec âmes et bagages, occupent le terrain de l’urgence. L’existence du Centre d'opération d’urgence national (COUN) n’empêche pas que chaque agence étrangère, chaque ambassade, chaque institution ou entreprise importante, tout responsable de vies et de biens en Haïti, a son COUN bis. Ceux qui sont vraiment responsables de vies et de biens se méfient de l’efficacité de nos structures officielles. Rares sont ceux qui font confiance à notre infrastructure de prévention, de réponse et d’assistance en cas d’urgence. La population est dubitative. Le gouvernement, à chaque catastrophe, s’efforce de nommer un nouveau responsable de la coordination. Nos amis de la communauté internationale n’attendent même plus que nous criions « à l’aide ». Ils présupposent, avec raison, nos faiblesses éternelles. Notre pays, grand abonné aux malheurs, aux cataclysmes et autres actes des hommes et de Dieu, ne dispose pas de loi sur l’urgence, sur l’état d’urgence, sur les différents types de catastrophes. Il ne dispose pas de fonds d’assistance en cas de catastrophe alimenté de façon responsable. Il ne souscrit pas d’assurance pour amoindrir les coups du sort. N’est-ce pas la Banque de développement des Caraïbes (BDC) qui a déboursé, en mai dernier, une subvention de 3.5 millions de dollars américains pour le paiement intégral des primes d’assurances d'Haïti en cas de catastrophe naturelle majeure ? La subvention accordée par la Banque de développement des Caraïbes couvre l'assurance pour la période allant du 1er juin 2016 au 31 mai 2017. C’est la quatrième année consécutive que la BDC accorde une subvention pour le paiement intégral des primes d'Haïti sur le tremblement de terre, les cyclones tropicaux et les polices des précipitations excédentaires. Nous ne sommes pas prévoyants. Nous n’apprenons pas les leçons de nos malheurs. Nous ne nous assurons pas correctement contre les coups du sort. Il est temps aux experts de changer enfin la donne. Cela fait tellement longtemps qu’ils ne sont pas à la hauteur de nos malheurs.