La nature s’acharne. Après Matthew, plusieurs régions du pays subissent les assauts de pluies sans fin. Des morts sont à déplorer. Des inondations sont signalées. Les dégâts du jour s’ajoutent aux dégâts des jours passés.
Alors que l’aide ne se déploie pas encore comme une machine en bon ordre de marche, chaque nouvelle contrariété met en danger des sinistrés, augmente la rage des oubliés.
Si nous parlons encore des Cayes et de Jérémie, si des photos circulent, si les dévastations nous parlent, si les toits emportés et les récoltes dévastées nous interpellent, pour chaque image qui arrive, il y a un million de femmes, d’hommes et d’enfants dont on ne parle pas. Qui ne sont pas exposés devant une caméra et ne rentrent pas dans les décomptes officiels. Ils risquent de devenir les oubliés de la catastrophe.
Il y a les villes, cinq, dix, vingt, cinquante dans les départements frappés par Matthew, dont les noms disent quelque chose, où chacun connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un originaire de ces patelins-là. Mais il y a aussi un millier de bourgs, de bourgs-jardins, de lakou, de regroupements de cases et de cahutes qui ne peuvent même pas encore crier leur peine. Dont on n’entend pas les cris.
Le vrai pays en dehors n’est pas sur les réseaux sociaux ni dans les médias, et c’est dans ces coins reculés, inaccessibles depuis plus de quinze jours que le pire prend forme chaque heure un peu plus.
Le travail des organismes divers de secours et d’assistance est admirable. L’initiative privée et personnelle de tout un chacun porte des fruits, mais cela ne suffit pas. Il faut, nonobstant les impondérables climatiques de ces derniers jours et sans doute aussi des prochaines heures, que la distribution de l’aide passe à une vitesse supérieure. Elle doit être plus massive et plus efficace.
Il est urgent d’aider et de redonner espoir au plus grand nombre, au plus vite. Il est encore plus urgent de commencer à penser le redressement, la reconstruction, la revivification des zones sinistrées.
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