Des coups de feu, une pagaille et 172 prisonniers de la prison civile de l’Arcahaie prennent la poudre d’escampette, samedi après-midi. Des agents de différentes unités de la PNH dépêchés sur les lieux ont montré leurs muscles. Ils sont arrivés tard. Trop tard. Il flotte un air de déjà vu. Ces dernières années, on ne compte plus en effet les évasions et les mises en liberté illégales de prisonniers dangereux par des geôliers ripoux. Mais, par rapport à la fréquence de ces évènements, un constat s’impose : les prisons constituent l’un des maillons faibles du système de la sécurité publique. Sans forcer sur les traits, il est aussi évident que les entités de l’État préposées à la sûreté et la sécurité publique comme le CSPN, le ministère de la Justice, la direction générale de la PNH, en charge de l’administration pénitentiaire (APENA), ont failli. La faillite s’est étalée sur une longue durée, au point que dans l’opinion publique, la conviction est longtemps formée que les chefs, bien escortés, roulant souvent en véhicules blindés aux frais de la princesse, sont en mode « ki mele m », malgré les discours prétendant le contraire, malgré les promesses de remettre en cellule des assassins, des kidnappeurs, des violeurs, des braqueurs qui attaquent, tuent des policiers, des citoyens et citoyennes ordinaires. Pour le moment, le public est censé se contenter des promesses du Premier ministre Enex Jean-Charles que l’enquête sera poursuivie afin d'établir les responsabilités. Il devra également prendre pour argent comptant le souhait du chef du CSPN que tous les évadés seront retrouvés alors que sur les 173 prisonniers en cavale, une petite dizaine seulement a été retrouvée lors de fouilles tardives, samedi. De la sortie du PM Enex Jean-Charles dans la presse ce lundi, les plus futés chercheront à savoir et liront entre les lignes sa petite phrase : « Le gouvernement n’a pas pris la décision de mettre des prisonniers dans la rue ». Une telle décision aurait-elle pu être prise par le gouvernement ? Cette décision a-t-elle été prise par d’autres ? Est-ce que le chef du gouvernement, en ces temps d’élections, veut montrer patte blanche, donner des gages, répondre à des insinuations ? Faut-il comprendre autre chose ? Il y a toujours plus de questions que de réponses ici où les chefs parlent en daki. Cela dit, s’il est clair qu’il n’y avait rien de nouveau sous le soleil de l’irresponsabilité, de la mise en danger d’autrui par les préposés à la sécurité des prisons, d’autres interrogations persistent. Qu’est-ce les responsables du CSPN ont appris des précédentes évasions ou mises en liberté illégales de prisonniers ? Est-ce que cela suffit d’avoir des bâtiments modernes financés par le Canada, les États-Unis quand des geôliers sous-équipés, non motivés travaillent dans ces installations ? Pourquoi la plupart des évasions ont lieu le week-end ? Est-ce qu’il y a un manque de vigilance, une réduction de l'effectif le week-end ? Si oui, pourquoi la supervision de la DDO et celle de l’inspection générale ne parviennent pas à faire respecter le règlement de discipline générale ? Là encore, il y a toujours plus de questions que de réponses au pays, aux familles dont les membres seront fauchés dans les prochaines semaines par des assassins, des kidnappeurs enragés prêts à reprendre du service…