Renforcer les contrôles d'immigration et «sécuriser la frontière», deux des promesses de campagne du candidat Donald Trump, peuvent affecter les Haïtiens vivant ou désirant émigrer aux États-Unis d’Amérique si le président Trump tient parole avec autant de véhémence que lorsqu’il avait détaillé ses propositions sur ces sujets le 30 août dernier. Pour le moment, les républicains, qui auront la majorité sans partage au Sénat et à la Chambre des représentants à Washington, ne s’entendent pas encore sur le sort des millions de sans-papiers qui vivent aux USA, mais Donald Trump a déjà promis d'expulser immédiatement des millions de clandestins «criminels» et d'annuler les décrets Obama ayant accordé des papiers temporaires à des centaines de milliers de jeunes sans-papiers. Si cela se réalise, les Haïtiens seront frappés de plein fouet. Aux États-Unis actuellement, il y a des milliers d’Haïtiens qui bénéficient du TPS mis en place par le président Barak Obama après le séisme de 2010. Il y a d’autres qui jouissent des programmes de « Résidence jardin », taillée pour les ouvriers agricoles. Enfin, nombreux sont nos compatriotes qui sont entrés illégalement aux USA et qui attendent que les autorités statuent sur leur sort. Une implacable politique migratoire risque d’écourter leur séjour au pays où coulent le lait et le miel. Pour le moment, tout Haïtien doit craindre que Trump ne bouscule les lois sur l’émigration aux États-Unis. Les USA sont le magasin des riches Haïtiens et l’usine de la classe moyenne haïtienne. Les transferts des Haïtiens de la diaspora américaine d’Haïti représentent plus de 25 pour cent du PIB du pays. De ce point de vue, les décisions de la prochaine administration Trump peuvent changer bien des choses dans l’économie haïtienne connectée qu’elle est aux dollars de la diaspora pour vivre. Politiquement aussi, les États-Unis pèsent sur les décisions haïtiennes… Comme lors des élections de 2010-2011 qui avaient vu la victoire de Michel Martelly fortement soutenu par Hillary Clinton alors secrétaire d’État. Le jeu des Américains dans la politique haïtienne est constant. Même quand ils s’abstiennent de toute ingérence et de conseils, cela influence le positionnement de nos acteurs. Mardi, beaucoup d’Haïtiens ont souri après la défaite d’Hillary Clinton. Les États-Unis ont un président haut en couleur qui ressemble beaucoup au dernier président élu haïtien, Michel Martelly, que Mme la secrétaire d’État avait soutenu en Haïti face à une ancienne première dame et une ancienne sénatrice, Mirlande Manigat à l’époque. D’autres Haïtiens se sont souvenus de l’élection de Ronald Reagan, début novembre 1980, et de la sortie de Jimmy Carter, celui qui avait exporté vers Haïti l’obligation du respect des droits de l’homme en pleine dictature des Duvalier. À l’époque, un fougueux député proche du régime avait écrit un article retentissant : « Le bal est fini ». Quelques jours plus tard, le 28 novembre 1980, toute l’avant-garde de la bataille pour la démocratie fut arrêtée et de nombreux journalistes, politiciens, syndicalistes et intellectuels furent forcés de prendre l’exil. Avec l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, on ne sait pas encore si le bal continue ou si un nouveau bal va commencer pour Haïti.