L’économiste Kesner Pharel, militant de la bonne gouvernance, souhaite que les élections du 20 novembre réussissent, que l’on tourne la page. Sans langue de bois, il a indiqué que « l'économie haïtienne a été tenue en otage au cours des trois dernières années par l'instabilité politique causée par les multiples difficultés rencontrées par les différents gouvernements pour réaliser des élections ». « Cette longue attente a causé des attentes très pessimistes de la part des agents économiques donnant lieu à une contraction de l'économie qui devrait connaître une croissance du produit intérieur brut (PIB) de moins de 2% contre 3.6% prévu en début d'exercice », selon l’économiste Kesner Pharel. « Les principaux déterminants du PIB, la consommation, les investissements privés, les dépenses publiques ont tous connus des chutes provoquées par la détérioration de la situation sociopolitique », a-t-il observé. L’économiste a noté « que les consommateurs locaux ont vu leur pouvoir d'achat diminuer en raison de la dépréciation continue de la gourde par rapport au dollar américain. Le dollar a franchi la barre de 65 gourdes sur le marché des changes, causant ainsi une flambée des prix sur le marché des biens et services. Le taux d'inflation, en rythme annuel, s'est retrouvé ainsi depuis plusieurs mois à plus de 10% affectant le faible pouvoir d'achat de plus de 60% de la population vivant en situation de pauvreté ». « La faiblesse des investissements privés, a poursuivi Kesner Pharel, peut s'expliquer facilement par la longue crise politique régnant dans le pays depuis plusieurs années, affectant le chiffre d'affaires et par voie de conséquence les profits des entreprises. Une telle situation a contribué en outre à la diminution des investissements directs étrangers ». « Les dépenses publiques ont connu également une réduction substantielle consécutive à la forte baisse des prix des produits pétroliers sur le marché mondial. En effet, le gouvernement haïtien bénéficie d'un support financier intéressant, à travers le programme PetroCaribe, pour le financement du budget national. Ceci exige une évolution du prix du brut sur le marché mondial à un niveau élevé. À rappeler que durant la plus grande partie du mandat du président Martelly, le budget du pays à été financé à plus de 20 milliards de gourdes. La chute entamée en 2015 a contribué à la réduction du financement à moins de 5 milliards de gourdes durant l'exercice écoulé », a indiqué Kesner Pharel, déplorant que « pour comble de malchance », « le pays a subi d'importants dommages physiques et matériels avec le passage du cyclone Matthew au tout début de l'exercice fiscal 2016-2017 ». Une première estimation indique que les pertes sont de l'ordre de 2 milliards de dollars américains, soit plus de 20% du PIB. Pour l’économiste Kesner Pharel, ce dernier ouragan révèle la grande vulnérabilité du pays aux désastres naturels qui ont causé au cours des dernières décennies d'importantes pertes en vie humaine et matérielles. L'incapacité des dirigeants à réduire les risques environnementaux auxquels fait face le pays a contribué à l'extension de la pauvreté et au renforcement de l'extrême pauvreté dans le pays. « Les dégâts enregistrés au niveau de l'économie nationale, particulièrement dans le secteur agricole, mettent en péril le faible taux de croissance du PIB pour l'exercice fiscal 2016-2017, soit 2.2% », a dit l’économiste, qui milite en faveur d’un « budget rectificatif pour faire face aux nouveaux défis créés par le cyclone Matthew ». « Les différents partis politiques dans la course électorale n'ont donné aucune preuve, au cours de la campagne, de leur capacité à faire face aux multiples problèmes que les prochaines autorités auront à résoudre durant leur mandat. L'aggravation de la situation par le passage du cyclone Matthew cause beaucoup de préoccupations du côté de la population dont les membres sont de plus en plus sceptiques en raison des désillusions connues après les élections au cours des dernières décennies », a souligné Kesner Pharel. Pour Kesner Pharel « la nette dégradation de la situation socioéconomique posera de sérieux problèmes pour le prochain président qui sortira des urnes ». « Il aura en outre à apaiser les tensions politiques qui se sont intensifiées au cours d'une trop longue campagne électorale ». Le patron de Group Croissance croit que « des leaders politiques, économiques et sociaux devraient s'engager à encourager les différents acteurs politiques (gagnants et perdants des joutes électorales) à adopter de nouveaux comportements pour atténuer la grave crise sociopolitique à laquelle le pays fait face actuellement ». « Les élections représentent un acte de développement par excellence. Elles détermineront si le pays empruntera la voie du décollage économique ou s’il sombrera davantage dans le chaos et la pauvreté pour la prochaine décennie », a souligné l’économiste Thomas Lalime, en charge de la chronique des Idées pour le développement au journal Le Nouvelliste. Pour lui « le problème haïtien est d’abord un problème de gouvernance politique avant d’être économique ». Le pays attirera des investissements directs étrangers importants quand il arrivera à réaliser 4 bonnes élections présidentielles consécutives », a-t-il dit, soulignant « qu’aujourd’hui, aucun investisseur n’investira un sou avant d’avoir les résultats des prochaines élections. C’est le point de départ ». L’économiste Thomas Lalime est revenu sur les défis auxquels aura à faire face le prochain président. Le nouveau président aura à faire face à trois principaux défis : 1) La relance agricole suite au passage de l’ouragan Matthew et la mise en place d’une politique environnementale susceptible de réduire la vulnérabilité environnementale afin de faire face aux prochains ouragans et catastrophes naturelles; 2) Le renforcement des institutions (notamment l’amélioration du cadre légal et du fonctionnement du système judiciaire) qui posera les bases de la stabilité politique au pays. Cette stabilité politique passera par la réalisation de saines et régulières élections à tous les niveaux; 3)La mise en œuvre d’un plan de création d’emplois à travers des grands chantiers comme la construction de routes, d’écoles publiques, des bâtiments publics, des hôpitaux et centres de santé et centrales électriques. Ces investissements publics créeront un cadre propice à l’investissement privé. Et ces investissements combinés généreront de la croissance économique pour les prochaines années », a détaillé Thomas Lalime, qui souligne que « la nouvelle administration ne pourra pas tout entreprendre, faute de moyens ». « Il faudra viser l’essentiel. Mais tout cela passera par de bonnes élections le 20 novembre », a prévenu Thomas Lalime.