Dans le cadre des « Mercredis de réflexion de la BID », la Banque de la République d’Haïti (BRH) et la Banque interaméricaine de développement (BID) invitent à prendre part à une discussion autour de la problématique « Liens entre désastres naturels, épargne, investissements et intermédiation financière en Haïti », la semaine prochaine. Dans la lettre d’invitation, il est dit que « les désastres naturels constituent l’un des principaux goulots d’étranglement qui entravent une croissance économique soutenue ainsi qu’une distribution plus équitable des richesses ». Pour appuyer leur démonstration, les organisateurs citent la Banque mondiale qui estime que « près de 56% du PIB haïtien est obtenu dans des zones exposées aux risques provenant d’au moins deux menaces naturelles. Le German Global Risk Index 2016 classe Haïti au troisième rang des pays le plus affectés par des évènements climatiques. Entre 1976 et 2014, les pertes encourus par Haïti relativement aux désastres naturels ont été estimés à plus de 150 millions de dollars et pour finir la probabilité pour Haïti d’encourir au cours d’une année quelconque des pertes de plus de 400 millions de dollar est de 10% ». Si on enlève les pertes encourues par Haïti à cause du séisme de 2010 qui ne rentre pas dans la catégorie des « évènements climatiques » et le coût des dégâts occasionnés par Matthew qui est survenu après 2014, on peut dire que la nature est assez clémente avec nous en dépit de tout. La nature est clémente parce que même en ajoutant dans la facture de nos malheurs les milliards de dollars de perdus par la faute d’Ines (1966), d’Allen (1980), de Gordon (1994), de Georges (1998), de Jeanne (2004), de Fay, de Gustave, Hanna et d’Ike (2008), de Sandy (2012) et en y ajoutant les dégâts du Goudougoudou (2010) et de Matthew (2016), la mauvaise gouvernance de nos ressources et de nos problèmes nous a coûté plus cher ces cinquante dernières années que toutes les caprices de la nature. Alors que le prochain président de la République s’apprête à prendre charge dans les prochains mois, alors que les parlementaires auront enfin un Parlement complet, ce qui nous fait défaut depuis des années, alors que les membres de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif ont un long mandat devant eux, n’est-il pas le bon moment pour les responsables de penser à leur part de responsabilités dans nos déboires et comment ils vont travailler à y remédier? Des milliards de dollars ont été gaspillés ces cinquante dernières années en Haïti au prétexte de parvenir au développement. Nous sommes passés de pays sous-développé à pays en voie de développement pour aboutir à pays le plus pauvre de notre hémisphère. Notre pire ennemi n’est pas l’instabilité politique, comme on a voulu le faire croire ces dernières années. Haïti était stable sous la dictature. Ce n’est pas non plus nos alternances politiques compliquées ni nos crises électorales répétées depuis 1987, il n’y en avait pas sous Duvalier. Le pire ennemi du mieux-être dans notre pays est la mauvaise gouvernance érigée en monument par nos dirigeants. Stopper ce mal, maîtriser ses artisans, inventer de nouvelles solutions, tels sont les défis qui attendent les prochains responsables. Ces cinquante dernières années, combien de responsables se sont enrichis pendant que le pays s’appauvrissait ? Dans les cinq années qui viennent, combien de responsables vont tout faire pour ne pas entrer dans la liste de nos catastrophes naturelles. Car il existe des catastrophes naturelles ayant frappé ce pays qui sont plus mortelles et plus dévastatrices que nos cyclones, inondations, sécheresses et tremblement de terre. On trouve dans la liste des désastres qui nous ont ravagés les Duvalier, les responsables de nos transitions, nos élus d’Aristide à Martelly en passant par Préval. Les membres de la Chambre unique des Duvalier, les parlementaires de nos législatures depuis 1988 y ont aussi une belle place. Haïti souffre des maux de la nature, mais le pays subit encore plus les affres des catastrophes naturelles que sont nos dirigeants. Que les prochains chefs mettent un terme à l’expansion exponentielle de la cohorte des ouvriers de notre destruction! Qu’ils n’inscrivent pas leurs noms au bas de la liste!