L’échec de l’État haïtien dans la gestion de l’eau. C’est de cela qu’il s’agissait essentiellement ce jeudi dans les locaux de la BID. Même si le terme n’a pas été nominalement employé par les intervenants, son spectre était présent dans quasiment toutes les présentations. Absence d’une politique nationale de l’eau, absence de coordination et d’harmonie entre les secteurs intervenant dans la gestion de la ressource, budget et fonctionnement ainsi que financement des infrastructures de la DINEPA dépendant respectivement de 96% et 98% de l’aide externe, etc. Sans compter une législation sur les ressources en eau très pauvre et dispersée, fragmentée, non suffisante, diffuse et relativement archaïque. Autant de faits patents attestant cet échec, cette faillite étatique. Paradoxalement, Haïti dispose d’abondantes ressources en eau, s’accordent à reconnaître les différents intervenants qui ont pris part à cette manifestation. Le seul problème, c’est la répartition de la ressource. Et il faut une volonté politique pour y parvenir, selon Marie Carmel St-Cloud, responsable de la direction des ressources en eau au ministère de l’Environnement depuis l’année dernière. Une direction créée en 2010. « Globalement, il y a assez d’eau douce pour satisfaire les besoins sanitaires de boisson. Il n’en est pas de même pour la production de l’énergie, de l’alimentation, de l’ensemble de nos biens de consommation qui requiert plusieurs milliers de litres par jour », a fait savoir Marie Carmel St-Cloud, qui s’inscrit dans une approche nouvelle de gestion intégrée des ressources en eau pour faire face aux défis actuels et futurs. A ce propos, la politique nationale de l’eau doit être élaborée pour embrasser une gestion exhaustive de la ressource sur toute l’étendue du territoire. « Si on ne connaît pas le bilan de la ressource, comment peut-on l’exploiter adéquatement ? », s’interroge Marie Carmel St Cloud, ingénieure de formation. Jusqu’à présent le ministère de l’Agriculture (MARNDR), l’un des premiers utilisateurs de la ressource, puise l’eau là où il le trouve. Pour Benito Dumay, directeur général de la DINEPA, si la ressource existe, elle est mal gérée d’un côté et mal protégée de l’autre. « Il y a un problème environnemental sérieux qu’il faut adresser. Il faut aller en amont », souligne-t-il tout en ayant le soin de préciser qu’au niveau de la DINEPA, ils ne sont que des exploitants de la ressource. C’est le ministère de l’Environnement qui est chargé de sa protection, de sa préservation. L’agronome Karly Jean-Jeune, directeur général adjoint au MARNDR, qui intervenait sur la disponibilité de l’eau d’irrigation en Haïti et les politiques, actions mises en œuvre et résultats obtenus au cours des 30 dernières années (1986-2016) par le ministère de l’Agriculture, a plaidé pour l’allocation de montants adéquats pour développer une politique nationale de l’irrigation dans le pays. Présent à la séance d’ouverture, le ministre de l’Agriculture, Pierre Guito Laurore, a annoncé le lancement par la BID fin 2017 début 2018 d’un projet d’irrigation qui touchera les départements du Nord, Nord-Ouest et de l’Artibonite. Il n’a pas précisé le montant de l’enveloppe qui sera allouée à ce projet. D’autres aspects sur la problématique de l’eau ont été aussi évoqués, notamment par Frantz Benoit, de l’ADISH, un organisme de la société civile. Par exemple, les besoins en eau potable à l’horizon de 2050, non inclus l’irrigation, qui seront de 700 millions de mètres cubes d’eau. Avec un taux de croissance annuel de la population de 2%, ce qui va entrainer une population de 26 millions d’habitants à l’horizon de 2050. La préoccupation, selon M. Benoit, devrait être la quête d’alternatives pour alimenter en eau cette population. Surtout qu’avec l’exode rural, une bonne partie de cette population s’installera dans les villes. Il existe aussi la question des eaux transfrontalières, non seulement les eaux superficielles mais aussi les eaux souterraines que nous partageons avec la République dominicaine. « Comment l’État haïtien compte aborder cette question ? Est-ce qu’il faudra des accords internationaux avec notre voisin de l’Est pour pouvoir gérer la ressource à l’avantage des deux peuples ? », se demande Frantz Benoit qui préconise un organe de régulation disposant des forces, des outils nécessaires pour vraiment adresser cette question.