Daly Valet, journaliste, conseiller politique du président Jocelerme Privert, après au moins deux « éditoriaux » postés depuis 2014 sur sa page Facebook autour des « dérives » dans la pratique du métier de journaliste, a tapé fort, jeudi, dans un contexte postélectoral survolté, de menaces caractérisées contre certains journalistes. Il a publié « La presse, une honte » qui a reçu 744 j’aime, partagé 474 fois, commenté 410 fois par des facebookers partagés entre attaques contre Daly Valet et remerciements pour avoir agité le débat sur les médias, les travailleurs de la presse.
« Aujourd'hui, hélas, rares sont des professionnels du métier de journaliste à s'imposer un minimum de scrupules et de savoir-faire dans le faire. La bêtise s'est métastasée dans ce corps professionnel à un rythme effarant et mortel avec la prolifération des stations de radio », a écrit Daly Valet, qui dézingue ce que d’autres pourraient appeler des « seniors ». « Des noms qu'on aurait pu prendre pour des modèles dans le métier se sont ravalés jusque dans l'indigence éthique la plus crasse, la plus plate et la plus déshonorante avec leur plume, leur micro ou leur "Smartphone". La presse haïtienne est actuellement au zénith de la grande bêtise », poursuit-il.
« À présent, plus on est idiot dans ce métier, plus on fait la leçon aux autres et a du succès. Plus on est corrompu et voyou, plus on fait du bruit et s'affiche en parangon de toutes les vertus avec son micro de vendus et de mercenaires. Ils disent, laissent dire et écrivent n'importe quoi sur n'importe qui, n'importe quand et n'importe comment », a dit Daly Valet, estimant qu’une « profession, où la barre à succès se retrouve désormais dans les égouts et non plus dans les hauteurs, devrait se livrer à une introspection pour un aggiornamento ». « Le texte n’engage que moi. Rien à voir avec mon job de conseiller du président », a confié Daly Valet au journal Le Nouvelliste, vendredi en milieu de soirée, peu après qu’une source à la présidence a indiqué au journal que l’ex-analyste politique vedette de Radio Vision 2000, directeur du journal Le Matin, n’était plus le conseiller du président Privert.
Il y a eu un coup de froid dans les relations entre les deux hommes sur la présence des soldats dominicains sur le territoire après le passage de l’ouragan Matthew. « Je suis farouchement contre la présence de soldats dominicains sur le territoire national haïtien. Point barre ! Ma position sur ce dossier est bien connue au Palais dès le début. L'avenir nous en dira plus... », avait écrit Daly Valet alors que, en mettant l’accent sur le nationalisme sélectif, sous-estimant le ressenti vis-à-vis des Dominicains, le président Jocelerme Privert était au cœur d’une polémique cristallisée par une interrogation : « Est-ce que ça dérange ?». Le temps n’a, semble-t-il, pas permis aux deux hommes de se rabibocher. « Daly Valet est de moins en moins présent au palais, est surtout là lorsqu’il y a des réunions avec le CEP », a expliqué cette source, sous le couvert de l’anonymat. Pour Daly Valet, il est « tout simplement le conseiller du président », « accroché à sa liberté de dire ce qu’il pense aux grands comme aux humbles ».
La contre-attaque de Euvrard St-Armand
Libre aussi est Euvrard St Armand, ex-journaliste vedette de Radio Caraïbes installé aux Etats-Unis de dire ce qu’il pense de Daly Valet. « Malheureusement, DV n'a aucune autorité pour faire cette leçon à la presse. Il est lui-même la honte personnifiée et n'a pas été un bon exemple pour la nouvelle génération », a-t-il écrit. « Après votre retour de Washington, M. Valet, vous n'avez fait que rouler votre bosse dans tous les couloirs pour mériter la bonne grâce soit des patrons de presse ou des autorités politiques. Vous avez encensé Martelly après des rencontres au palais ou ailleurs, vous avez rejoint MJC avec tout le lot de passifs et d'actifs, vous êtes au palais aujourd'hui. Il n'y a rien de grave lorsque quelqu'un travaille pour gagner son pain », a poursuivi Euvrard St-Armand. « Cependant, a-t-il poursuivi, à chaque échec vous continuez à utiliser le micro pour vous faire passer comme journaliste et courtiser vos prochaines proies ». Pour Euvrard St-Armand, Daly Valet, son « modèle », n’a « pas su tenir jusqu’au bout » et contribue malheureusement au plus haut niveau au mercantilisme et à la honte que vous dénoncez aujourd'hui ».
Daly Valet : Est-il mouillé, « cet Evrard ? »
« Cet Evrard que je ne connais ni de près ni de loin parle d’un Daly Valet qu’il ne connaît pas. Depuis mon retour définitif en Haïti en 2009, je n’ai travaillé que comme directeur du journal Le Matin et comme analyste politique à Vision 2000. C’est avec le président Privert que je fais mes premières expériences à un haut niveau dans l’Etat. Peut-être que cet Evrard s’est-il senti mouillé par cette grande corruption qui rend la presse malade. Sa réaction plutôt surprenante et hors contexte est celle d’un écorché vif. Les attaques ad hominem sont le fait des nains d’esprit. Je ne me ravalerai pas à son infrahumanité », a confié Daly Valet au journal dont les tentatives d'entrer en contact avec Euvrard St-Armard ont été vaines.
L’ANMH recadre, souligne les enjeux, le Conatel gronde
Alors que le buzz entre ces journalistes s’enflait sur les réseaux sociaux, l’ANMH, à travers son président Hérold Jean-François, s’est dit « consternée par les gesticulations d'un groupe politique qui réveille les vieux démons que la société haïtienne pensait avoir exorcisés et qui brandit les mêmes menaces d'antan, reprend les mêmes vieux discours de destruction avec la même prétention de vie et de mort sur ceux qu'ils ciblent comme étant un obstacle à leur projet et prétention politiques ». « La nouvelle dynamique sociale, poursuit l’ANMH, semble avoir échappé à l'analyse de ceux-là qui pensent que le pays est bloqué comme eux à la rhétorique désuète, aux pratiques obsolètes et aux méthodes expirées du chantage politique. »
C’est dans ce contexte que l’ANMH « invite la presse et les médias à continuer à jouer leur partition avec la même détermination en informant valablement la population, en se constituant comme avant-garde dans la dénonciation des dérives pour isoler les violents et contribuer à l'émergence d'un État de droit où chaque citoyen, quel que soit son statut, est comptable de ses actes devant la justice en rupture avec cette société d'impunité dans laquelle les bénéficiaires du système prétendent nous maintenir ».
« Pour que la presse et les médias continuent d'être les vigiles du choix démocratique du peuple haïtien, et mériter la confiance de la population, les journalistes doivent, à tout moment, projeter cette image d'acteur impartial, au-dessus de la mêlée pour éviter toute tentative d'assimilation avec des opérateurs politiques monnayés au service de clans et de chapelles », a indiqué la note de l’ANMH à un moment où des médias sont sous les feux des critiques de certains partis politiques à cause de la lecture de procès-verbaux et des indications à peine voilées des tendances du vote du 20 novembre 2016.
Selon l’ANMH, « la presse ne doit surtout pas être le vecteur conscient de messages de violence en suggestionnant l'auditoire prêt à monter à l'assaut pour exécuter des fatwas contre les "infidèles". Si la presse venait à perdre la confiance des citoyens, la société désormais démunie et privée de recours est exposée à tous les égarements. C'est en étant viable et au-dessus de tout soupçon que la presse conservera toute son autorité dans son travail quotidien d'information, de sensibilisation et de guide pour l'aboutissement du rêve démocratique du peuple haïtien », a rappelé le président de l’ANMH, Hérold Jean-François.
Le directeur du Conatel, Jean-Marie Altena, dans un communiqué qui prend « acte de l’émotion qui gagne les médias et des écarts de langage qui tendent à entrainer des incitations à la violence, suite à la journée électorale du 20 novembre, demande aux directeurs d’opinion de s’élever à la dimension d’objectivité et d’impartialité devant caractériser leur conduite ». Il a rappelé les dispositions des articles 51 alinéa b et 52 du décret du 12 octobre 1977 qui accordent à l’Etat le monopole des services de communication et indiqué les responsabilités de vérité, d’impartialité, de respect de la morale dans la diffusion des informations.
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