Ticket Sport: Peut-on parler de miracle à propos de la brillante prestation des petits Grenadiers, champions de la coupe Caraïbe U-17 en battant respectivement: (Trinidad 2-0, Jamaïque 0-0, Bermudes 5-0, Curaçao 3-1 et Cuba 5-0 en finale) ?
James Morisset: Je ne veux pas appeler ça merveille ou l'effet de miracle. Je dirais plutôt que, c’est le fruit des travaux effectués avec eux (les U-17), dans des conditions ultra difficiles. C’est aussi le fruit d’énormes sacrifices consentis à l’entraînement. Avec le peu de moyens donnés par la FHF, nous avons pu obtenir ces résultats. Pour y arriver, on a mis trois ans de préparation. J’ai avec moi ce groupe depuis qu’il était U-5. Je tiens à saluer les efforts du président de la FHF. Avec très peu de moyens, il a pu nourrir, loger et blanchir ces joueurs, car l’État n’a toujours pas répondu à l’appel.
TS : Après le sacre, vous et les joueurs, étiez accueillis au palais national. Cependant, avant, vous avez connu des misères pour vous rendre à Trinidad ?
JM : Il y a une sorte de pression populaire sur le gouvernement en place. Vous savez que la misère bat son plein en Haïti. Ce n’est peut-être pas de leur faute. Le résultat acquis, selon moi, doit encourager les dirigeants à nous aider. Nous n’avons reçu aucun aide, mais il y avait des promesses faites par le président Jocelerme Privert.
TS : Justement, les U-17 se trouvent au Brésil sans vous. Vous avez une explication ?
JM : En Argentine, l’équipe ayant disputé la Coupe du monde de 2007 a été mise sous la responsabilité de Jean Yves Philogène Labaze et moi, pas sous la direction d’une tierce personne qui ne savait rien des joueurs. Il faut dire aussi que l'équipe nationale U-7, qui a disputé la Coupe du monde sud-coréenne, n’était pas la plus forte de nos différentes formations juvéniles. Cependant, ces joueurs avaient la volonté d’aller de l’avant. Ils avaient plus de caractère et plus de volonté. L’équipe de 2016, très fougueuse, a la possibilité de se qualifier. Pour y arriver, il faut que l’équipe soit placée sous la responsabilité des entraîneurs haïtiens. On a besoin, justement, de l’aide de tout le monde, mais pas pour prendre la tête de l’équipe.
Je sais qu'ils (les petits Grenadiers) se trouvent au Brésil pour préparer cette compétition. Moi, je ne vais pas là-bas. J’ai une contrainte familiale. Je me demande comment ces gens vont préparer l’équipe. Jouer beaucoup de matches, se mesurer avec les autres équipes là-bas, c'est une bonne chose pour eux. Mais c’est un autre staff, composé d’étrangers, qui dirige les manœuvres. Si j'allais là-bas, je n’aurais pas la mainmise sur le groupe. Il ne faut pas avoir peur de dire les choses. Je n’ai aucun problème avec le président de la FHF pour avoir pris une telle décision. Cependant, connaissant mes joueurs, je doute fort qu’ils aient l’encadrement technique, tactique, amical et familial souhaité.
Pour aller là-bas, il faut que je prenne en main l’équipe un mois avant le coup d’envoi de la dernière phase. Que je sache, je n’aurai pas ce droit.
TS : Et le Don Bosco de Pétion-Ville dans tout cela ?
JM : La sélection c’est une affaire de pays, justement le DBPV fait partie du pays, mais le problème ne se pose pas là. Je pèse mes mots, j’ai une contrainte familiale et il m'est impossible de rester tout ce temps au Brésil. Et de plus, il est fortement question que l’équipe soit soumise entièrement au staff de Viva Rio. Là-dessus, je n’ai pas ma place.
TS : Par le passé, on a déjà fait une mauvaise expérience avec les gens de VIVA Rio, responsables, selon certains observateurs du football, de l’élimination d’une brillante équipe nationale auparavant ?
JM : Tu as bien fait de le rappeler. Cependant, il faut questionner la préparation, la prise en charge et les autres éléments pouvant nuire à ce groupe. Est-ce que ça ne pouvait pas leur servir d’exemple afin qu’ils préparent cette équipe différemment. Là-dessus, je ne peux rien signaler. D’un point de vue personnel, et vu mes expériences, le staff étranger n’a toujours pas réussi au sein de nos équipes de jeunes.
Imaginez qu’on avait une équipe, composée de Sony Nordé, Renaud Brusly et Simpson Exumé, ça été une très forte sélection, on avait battu toutes les équipes de jeunes en Argentine. Après avoir remis l’équipe à un staff argentin, on n’avait pas pu battre l’équipe la plus faible du groupe lors de l'ultime phase des éliminatoires de la zone Concacaf. Et avec les hommes de Viva Rio, ça s’est déjà produit.
TS : Que doit-on faire, selon vous, pour mieux préparer cette dernière phase cruciale pour les petits Grenadiers ?
JM : Le bureau fédéral, dans son souci d’avoir de bons résultats à tout prix, prend une mauvaise habitude, celle de remettre nos équipes de jeunes à des techniciens étrangers. Ce n’est pas la meilleure façon de faire. Il y a une façon de vivre avec les jeunes. N’oubliez pas qu’ils nous considèrent comme leur papa. Engager des entraîneurs étrangers, ignorant complètement tout, s'agissant des mœurs, habitudes et tempéraments de nos jeunes, n’est pas la bonne manière de faire.
Il faut le reconnaître, en revanche, si c’est VIVA RIO qui paie tout (billets d’avion, nourriture et logement), il serait difficile de soumettre l’équipe à un autre staff. Aller là-bas comme un encadreur ou quelqu'un qui surveille les enfants. Ce n’est pas dans mon tempérament. Malgré les contraintes familiales, si l’équipe était sous mon entière responsabilité, j’irais au Brésil.
TS : Dans ce cas, vous êtes démis de vos fonctions ?
JM : Au Centre FIFA Goal, il y a beaucoup de jeunes talents. Me licencier, le problème ne se pose pas là, car mon souci c’est de travailler avec les jeunes et développer le foot. C’est une structure fédérale, il faut accepter les choses telles qu’elles soent. Je ne peux pas dire que le président, le secrétaire général ou, encore moins le directeur technique, a un problème personnel avec moi. Au contraire, avec eux, les relations sont bonnes et cordiales. En guise de conclusion, je confirme pour vous que je vais continuer à travailler sans arrière- pensée.
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