Il est courant d’entendre que le pays possède moins de 2 % de couverture forestière. Cependant, il convient de prendre ces chiffres avec précaution et nuancer pour éviter l’amalgame. En effet, la couverture végétale équivaut à environ 30% selon la période ou la saison. À une certaine époque de l’année, certaines zones sont verdoyantes, tandis qu’à d’autres époques les terrains affichent un état de sécheresse accablant. L’agronome Joël Ducasse, connu pour ses idées en faveur la production de la biomasse pour faire fructifier l’économie et panser les plaies de l’environnement haïtien, s’est battu corps et âme pour mettre en relief l’importance de la biomasse dans le mix énergétique d’Haïti et aussi pour l’intégrer dans un document qui déterminera le mode de production et son exploitation dans le futur.
L'énergie issue de la biomasse est une source d'énergie renouvelable qui dépend du cycle de la matière vivante végétale et animale. C’est la forme d'énergie la plus ancienne utilisée par l'homme depuis la découverte du feu à la préhistoire. Cette énergie permet de fabriquer de l'électricité grâce à la chaleur dégagée par la combustion de ces matières (bois, végétaux, déchets agricoles, ordures ménagères organiques) ou du biogaz issu de la fermentation de ces matières, dans des centrales biomasses. Ducasse compare la biomasse à un système d’«Inverter» naturel avec batteries intégrées.
Chaque mètre carré du territoire haïtien qui s’étend sur 27 750 km2 peut capter et produire de l’énergie via la biomasse qui a l’avantage d’avoir une valeur ajoutée certaine. 1m3 de bois peut produire 1 mégawatt d’électricité, le Mw à 22 centimes de dollars permettrait de dégager 220 dollars, selon Ducasse qui s’est fait l’apôtre de la biomasse. Il explique qu’une plantation forestière peut fournir 10 à 20 m3 de bois à l’hectare, soit un revenu de 2200 dollars américains. Ce qui placerait la production de la biomasse après la culture de la banane et des cultures maraîchères. De grandes opportunités s’offrent au pays si l’on tient compte des espèces à croissance très rapide.
Déjà pratiquée dans le milieu rural, la production de la biomasse est largement utilisée comme énergie de cuisson. Le bois transformé en charbon de bois fait gagner au paysan quelque 150 millions de dollars par année. En ajoutant à la chaîne de commercialisation, les distributeurs, les intermédiaires, la logistique ainsi que le transport avoisinerait les 400 millions de dollars. Ce qui fait de ce secteur l’un des plus grands du pays. « On continue de diaboliser le secteur, dit l’agronome Joël Ducasse, alors qu’il peut être rentable si on le voit d’un œil positif. En fabricant le charbon, le paysan perd 70% de l’énergie du bois. En professionnalisant la fabrication du charbon, on gagnerait en efficience » Les revenus pourraient tripler ou quadrupler dans des endroits précis avec des plantes adaptées.
La valeur ajoutée de la biomasse n’est plus à démontrer. Elle peut contribuer au développement de l’élevage de bovins, de caprins, de ruminants tout en préservant l’environnement. Une illustration, un terrain planté en vétiver facilite largement l’infiltration des eaux de pluies. Ce qui empêche les inondations et l’érosion.
Interrogé sur l’éducation de l’élite du pays, M. Ducasse a rétorqué qu’on ne pouvait pas compter sur cette élite qui a contribué à la déstructuration de la vie sociale et économique durant les 30 dernières années. Intervenant, le mercredi 14 décembre, à la Primature, en marge d’une rencontre sur l’élaboration d’un document de référence pour le secteur de l’énergie, Joël Ducasse s’est dit persuadé qu'on ne pouvait pas compter sur l’élite économique d’Haïti pour rebondir. À ses yeux, une reconfiguration de l’État est nécessaire au service de la population. La création d’une banque de développement pour financer le secteur agricole est nécessaire.
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