Il y en a qui ont attendu jusqu’au bout de la patience. Ils ont souhaité que le résultat de l’élection, entrevu dès le soir du vote, soit mis à plat. Que, pour la première fois, on renverse la table et qu’on prenne le candidat le plus présentable, celui de leur cœur. Il y en a qui ont manifesté toute la journée de lundi. Encore une fois, ils ont lancé des appels, ils ont crié, vociféré leurs désaccords, ils ont réussi des rassemblements. Ils ont protesté et espéré en vain. Ce lundi après-midi, le couperet est tombé. Rien ne changera dans l’élection. Le résultat a été coulé dans le marbre par les grands électeurs. Donald Trump est le 45e président des États-Unis. Avant d’en arriver là, le parti vert américain a provoqué des recomptages de votes dans certains États pour être sûr qu’aucun accroc n’avait été fait pour favoriser le milliardaire. Le président sortant, Barak Obama, a continué à avancer dans sa stratégie pour démonter l’ogre Trump, il a demandé l'ouverture d’une enquête rigoureuse sur la possible implication de la Russie dans le scandale des emails piratés du Parti démocrate. Cela n’a pas eu d’effet jusqu'à présent. Les doutes, les suspicions, les allégations, les accusations, tout glisse sur le dos imperméable du président élu Donald Trump. Aux États-Unis d’Amérique, tous les cas de figure sont prévus et les acteurs politiques utilisent tous les recours à leur disposition. On se souvient de la bataille de Albert Gore contre George W. Bush qui se termina, après des jours de vérification et de contre-vérification, par la reconnaissance de la victoire du fils de George Bush en Floride. En Haïti aussi, les candidats ont recours à tout ce que permet le décret électoral. Ils manifestent à l’haïtienne, vont devant les instances de recours du Conseil électoral et, sans doute, prient les saints et les anges pour obtenir un résultat conforme ou différent de ce qui se profilait dès le dimanche 20 novembre au moment des premiers décomptes publics pour la présidentielle, les sénatoriales et les législatives. On peut s’inquiéter de l’incertitude qui plane sur les élections depuis le 20 novembre. Mais on doit aussi se réjouir de la façon que les choses avancent. De 1987 à nos jours, on a fait des pas de géant dans la contestation électorale en Haïti. Il n’y a plus de dirigeants qui acceptent de laisser des élections se noyer dans un bain de sang comme le Conseil national de gouvernement (CNG) en novembre 1987. Il n’y a plus de Leslie Manigat prêt à prendre le pouvoir à n’importe quel prix. Il n’y a plus de Roger Lafontant qui tente un coup d’État quelques jours après une élection triomphale. Il n’y a plus de Raoul Cédras pour réussir un coup d’État sanglant moins de huit mois après la prestation de serment d’un président élu. Nos présidents ont appris comme Boniface Alexandre, René Préval ou Michel Martelly à transférer le pouvoir à un président élu qui n’est pas celui de leur cœur. Et personne ne craint que Jocelerme Privert soit tenté de garder le pouvoir en 2017. On ne voit pas non plus se profiler à l’horizon la construction d’une grande coalition pour, comme en 2001, empêcher le président de gouverner. Nous avons appris de nos erreurs, de nos errements, de nos timouneries. Aujourd’hui, ce sont les avocats qui parlent plus que les balles. C’est un très grand pas. Ceci dit, il ne faut pas non plus se tromper. Il est souhaitable, hautement souhaitable, que le processus de contestation soit conduit dans la plus grande transparence avec un souci de bien communiquer les tenants et les aboutissants des décisions. S’il n’y a pas de renversement violent de pouvoir à craindre en Haïti, il y a encore des capacités de déstabilisation, de basse intensité ou incommensurables, qui peuvent cantonner un président à n’être qu’un occupant par défaut du palais. Ce pays peut transformer quiconque, n’importe quel élu, en un sale jouisseur, en un simple mangeur des illusions de ceux qui croient que la démocratie et le pouvoir apportent le changement. Le jour de la proclamation des résultats définitifs, après près de deux ans en campagne électorale, nous devons tout faire pour nous protéger des mauvais perdants comme nous devons tout faire pour nous prémunir des gagnants faibles. Etre élu n’est pas une fin en soi. La gouvernance doit être le but ultime. La bonne gouvernance recherchée par tous. Et pour y arriver, au plus vite, chacun a des pas à faire.