Pour la société sportive haïtienne, 1976 était une année spéciale. Après avoir raté d’un cheveu son billet pour la Coupe du monde de 1970 organisée au Mexique et gagné son billet pour celle de 1974, la sélection nationale de football s’était une nouvelle fois retrouvée sur la plus grande scène concacafienne. Mission : décrocher une place au sommet mondial de 1978, siège Argentine. Pour atteindre cet ambitieux objectif, les bicolores ont écarté des adversaires caraïbéens avant le décisif Prémondial d’octobre 1977 au Mexique. Première étape, République dominicaine, une proie facile pour le nouveau Club Haïti privé des vedettes de 1974 injustement remerciées par la FHF après leur participation au mondial tenu en République Fédérale d'Allemagne . Le onze national avait, comme prévu, surclassé son homologue dominicain (4-0), mais la classe et le beau jeu n’étaient pas au rendez-vous. Au stade Juan Pablo Duarte, les Pierre Bayonne, Wilner Nazaire et compagnie brillèrent par leur absence. Ce match laissa un goût amer dans la bouche des spectateurs haïtiens sur les gradins dominicains. Le titre de mon reportage au Nouvelliste : «Redonnez-nous l’équipe du Prémondial». C’était, en quelque sorte, l’une des premières pierres jetées au jardin de la FHF, dans la bataille de la presse sportive pour le retour des stars au sein de la sélection nationale. Ainsi, pressés par les chroniqueurs sportifs, les responsables fédéraux ne pouvaient rien faire d'autre que de rappeler les vedettes qui avaient permis à notre pays de participer au mondial de 1974. Comme il fallait s’y attendre, le onze national retrouva son tonus avec la réintégration des Tom Pouce, Philippe Vorbe et autres Ernst Jean-Joseph. En déplacement aux Antilles Néerlandaises lors de la 2e étape éliminatoire, les Haïtiens dûrent serrer les coudes pour réaliser un match nul face à l’agressivité des joueurs et des fanatiques locaux. C’était de l’antifootball. Ce qui incita la presse sportive haïtienne à motiver les joueurs et les supporters haïtiens en vue de donner une réponse sportive à leurs adversaires dans le cadre du match retour à Port-au-Prince. C’est le chasseur de buts Emmanuel Sanon qui porta le brassard de capitaine en la circonstance. Le jeune et talentueux Louidor Labissière ouvrit ce festival sportif en signant le 1er but. Par la suite, le percutant Ti Manno envoya 4 ballons au fond des filets adverses. À l’arrivée 7-0, mais une leçon de football et de sportivité. Le lendemain, un grand titre à la une du Nouvelliste : «Le capitaine Manno Sanon ordonna le massacre des Antillais». Mais un massacre scellé par le talent et le jeu propre.