Ticket Sport : Est-ce que selon vous, aller au Brésil est la meilleure formule pour les U-17 de se préparer en vue de l’ultime phase des éliminatoires de la Coupe du monde, zone Concacaf ?
Yves Jean-Bart : Entre rester en Haïti avec toutes les difficultés existant au pays ou aller au Brésil avec un statut qui leur permet de jouer comme un club de belles compétitions contre de grandes équipes est une aubaine, d’autant que notre staff, après justement le succès des U-17, a été recruté entièrement par le Don Bosco FC, un club véritablement pro, ce qui les rendait très peu disponible. Nous nous plaignions du peu de temps consacré aux jeunes déjà et on ne pouvait pas les empêcher d’accepter ces postes assez lucratifs pour Haïti.
Le grand drame du football haïtien, c’est de ne pas arriver à conserver nos jeunes qui s’en vont ailleurs pas pour jouer au football mais pour chercher un mieux-être, ce qui cause une grande déperdition. La seule possibilité d’espérer les conserver et les faire arriver à maturité pour venir assurer la relève en sélection senior est qu’ils trouvent un débouché professionnel, ce qui est plus évident s’ils sont au Brésil.
TS : Haïti, en 2007, avait disputé la phase finale de la Coupe du monde U-17 de la FIFA en Corée. Dix ans plus tard, elle se trouve en position de force pour réitérer cet exploit. Êtes-vous confiant ?
YJB : L’objectif de la formation d’une équipe nationale de jeunes, ce n’est pas seulement se qualifier pour une phase finale de Coupe du monde mais également voir, au-delà de l’avenir professionnel, leur carrière à tous les niveaux. Le plus important, c’est leur formation afin de réussir au niveau supérieur et avoir une possibilité de compléter leur formation dans un grand niveau pro qui est une aubaine à ne pas rater.
Je ne vous cache pas que tout ce qui amène un jeune…médecin, agronome ou footballeur dans un pays plus avancé est un acquis énorme… Lorsque nous avons commencé nos discussions avec VIVA RIO nous étions catégorique, car le groupe devait rester avec son staff pendant le séjour au Brésil puisque nos interlocuteurs n’avaient aucun problème.
La sélection U-17 est une étape dans la préparation des jeunes et cela ne sert à rien d’aller à la Coupe du monde de jeunes si ces jeunes se retrouvent après à grossir les illégaux à l’étranger pour un investissement non productif.
TS : Qu’est-ce qui a expliqué l’absence du staff haïtien au Brésil avec l’équipe nationale des U-17 ?
YJB : Malheureusement tous les membres ont des obligations football et familiales, et ont refusé systématiquement même de discuter d’accompagner le groupe. Nous les comprenons. Alors, on s’est entendu pour un système de rotation dans les déplacements au Brésil, étant entendu que le staff de VIVA RIO est composé d’Haïtiens et de Brésiliens et surtout avec une cuisine haïtienne.
TS : James Morisset, qui avait guidé les petits Grenadiers à la victoire dans la Coupe Caraïbe 2016, a mis en doute la préparation de ses protégés au Brésil. Partagez-vous son avis ?
YJB : Ces jeunes dont parle James ont débuté avec un coach cubain, Tino, puis avec monsieur Jean Marie Pauyo avant de travailler avec le coach Morisset. La formation reste la formation et demande une compétence. D'ailleurs nous ne croyons pas à la théorie qu’il faut un coach autochtone pour réussir… Marc Cheze, le coach français, avait bien été aussi champion de la Caraïbe avec les U-17 en 2014…Des fois c’est bien et d’autres fois c’est un handicap en termes de discipline.
TS : À vous entendre parler, le staff de Viva Rio a la compétence et la capacité de guider les petits Grenadiers à bon port ?
YJB : Que je crois VIVA RIO est engagé dans un projet intéressant de promotion de jeunes footballeurs haïtiens. Il arrive à impliquer l’État brésilien dans le projet, ce qui donne un statut d’assimilé aux jeunes Haïtiens sans le crucial problème de limitation du nombre d’étranger; nos jeunes jouent en équipe. On ne pouvait laisser les jeunes dans cette Haïti incertaine parce que leurs encadreurs ne sont pas disponibles cent pour cent pour eux.
Les U-17 ne sont pas les seuls Haïtiens dans l’académie de VIVA RIO, il y a une vingtaine de jeunes Haïtiens qui jouent en U-20 parce que l’ONG brésilien désormais fait la préformation dans leur académie à Caradeux et envoie les meilleurs à Rio pour la suite de leur formation et les placer dans des clubs brésiliens.
TS : En termes clairs, quelle est la vision de la FHF ?
YJB : La vision de la FHF est, certes, de bien représenter le pays à l’échelle internationale, mais l’objectif suprême est de construire l’avenir, lutter contre la misère, changer, façonner le futur et garantir une vie meilleure à nos jeunes par le biais du football.
Rappelez-vous la misère de nos U-17, il y a deux ans, pour arriver à Honduras dans la Concacaf avec une préparation bâclée, un voyage quasi miraculeux après trois jours de calvaire en République dominicaine.
Ticket Sport : Haïti a, dans le passé, déjà fait une mauvaise expérience avec ViVA RIO. Sans James Morisset, pensez-vous que le staff brésilien serait en mesure de combler vos attentes ?
Yves Jean-Bart : Lors de l’expérience avec VIVA RIO, il y a quatre ans, on doit se rappeler que c’est une moitié de l’équipe qui avait fait péniblement le voyage à Santo Domingo. Le MJSAC n’avait pas libéré ses pensionnaires, ce qui veut dire que ce n’est pas la même situation. Pour conclure, il n’avait jamais été question d’écarter le coach James Morisset, il était simplement dans l’impossibilité de se libérer et d’être à cent pour cent disponible pour les jeunes ici ou ailleurs.
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