Combien de fois avons-nous fait face à une forme de mendicité quelconque ? Elle s’installe sous nos pieds, dans nos familles, au travail, dans le rang des plus proches. C’est même devenu un métier pour certains. Appelons un chat par son nom, les plus généreux d’entre nous ont quelque peu contribué, sans le savoir, à conforter les mendiants dans leur statut et même à leur reproduction. Cette espèce se reproduit plus vite qu’on pourrait l’imaginer. Il suffit de faire preuve de générosité vis-à-vis de quelqu’un ou d’un groupe pour vous garantir toute une clientèle. À Noël, les opérations s’intensifient.\r\n \r\nDevant les institutions publiques comme le Parlement, les environs du Palais national, les ministères, les directions déconcentrées… pour ne citer que ces institutions-là. Le privé n’est pas épargné. Le mendiant opère sous plusieurs formes : interne ou externe. Le pays est sur le point de crouler sous le poids de mendiants déguisés comme ceux qui agissent à découvert. Leurs formules d’approche sont légion : Jere m direktè ! Voye ti dlo sou mwen, fè m fè sel non bòs mwen, bay patwon an pase, men direktè a rive, m sove! Ce sont quelques-unes des formules d’introduction les plus utilisées, mais leur créativité pour soutirer de l’argent varie à une vitesse à peine imaginable par les victimes.\r\n \r\nAu fil des jours, la mendicité en Haïti s’érige en sport national. Tout le monde a peur d’en parler. Souvent, les mendiants sont menaçants. Ils s’adressent à leur soi-disant bienfaiteur sous un ton agressif, comme si on n’a pas le droit de refuser ou de dire non à la sollicitation expresse. Souvent, le mendiant prend son interlocuteur de court. Ce dernier paraît désarmé, désemparé et cède à la panique. Et, parfois, des malfrats de tout acabit sont déguisés en mendiants ou clochards pour exécuter de sales besognes.\r\n \r\nPrétextant le chômage aigu qui prévaut dans le pays, des gens de « bonne famille », des personnes qui ont reçu une éducation de qualité nagent dans la mendicité. De jeunes gens en parfaite santé préfèrent traîner dans les rues en quémandant l’argent d’une course de camionnette au lieu de chercher de quoi à gagner leur vie dignement. Il fut un temps où l’Haïtien s’embarrasse de gêne avant de demander ou de mendier. \r\nLa mendicité est devenue une entreprise si rentable que même des gens épargnés par le chômage s’y adonnent volontiers. Nous sommes arrivés à un tel niveau de dégénérescence que l’indécence et le déshonneur s’érigent en vertu dans notre environnement. Comment en sommes-nous arrivés dans ce précipice ?\r\nComment expliquer qu’un agent préposé à la sécurité placé devant la barrière ou à la porte d’une institution quelconque sollicite de l’argent des arrivants et laisse passer certains sans les fouiller ou appliquer les mesures fondamentales de sûreté ? Comment un pays peut-il produire autant de mendiants au kilomètre carré ? Si vous avez encore un doute de l’ampleur de ce mal qui ronge le pays en silence, adressez-vous aux Haïtiens vivant à l’étranger. Je vous garantis qu’ils vivent un calvaire, particulièrement durant les périodes de fêtes, comme la Noël. Ils sont sollicités de manière intempestive. Et pour toutes sortes de raisons pas toujours valables : l’écolage, le loyer, les funérailles, mais aussi pour le plaisir ou des motifs futiles.\r\n\r\nÀ l’aéroport international Toussaint Louverture, Haïtiens et visiteurs sont agressés par des individus qui imposent leurs services. Même si on n’en a pas besoin, ils prennent chariot ou mallette d’assaut et vous exigent un gras pourboire. Cette porte d’entrée du pays qui entend attirer des touristes risque de les repousser définitivement. \r\n \r\nLa mendicité s’érige en système. Au niveau étatique, des dirigeants, des hommes d’État acceptent des pitances de l’étranger en don rien que pour en profiter à leur tour. Parfois, ils n’hésitent pas à demander n’importe quoi comme des tentes sales, des voitures ou camions usagés, des cadeaux empoisonnés qui ruinent l’existence de la nation. Les ancêtres se remuent et se remuent sans cesse dans leur tombe. Peut-être qu’ils se sentent trahis par des descendants qui plient l’échine aussi facilement pour un plat de lentilles. Eux qui se sont sacrifiés pour nous léguer ce si beau pays, cette nation si fière. Nous sommes devenus la risée du monde. Le bout du tunnel n’est pas, selon toute vraisemblance, une perspective à court terme.\r\n\r\nFaut-il perdre espoir pour autant ? Non. Et non. En dépit d’une situation socio-économique des plus délétères, de braves paysans, des « madan sara », de simples artisans, quelques professionnels ou hommes d’affaires responsables continuent de gagner leur vie dignement. Qui sait ? Peut-être que le sursaut d’orgueil tant attendu viendra de cette dernière catégorie de patriotes silencieux!\r\n
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