Le taux de croissance PIB du pays est en chute libre. De 2,9% en 2011, le taux de croissance du PIB est passé à 1,4% en 2016. Pourtant, l’exercice 2015-2016 a été très fructueux pour l’agriculture haïtienne. La toute dernière pour un secteur qui n’est plus le meilleur contributeur dans la formation du PIB. Pour l’exercice en cours, les prévisions des autorités telles que consignées dans la loi de finances en vigueur sont de l’ordre de 2,2 %. Pourtant, la prévision de la Commission économique pour l’Amérique latine et la Caraïbe est plus pessimiste pour le pays : 1% pour 2017.
Dans son analyse de l’économie en cette fin d’année, le P.D.G. du Group Croissance, Kesner Pharel, estime que les autorités qui se sont succédé à la tête du pays et la société civile n’ont pas accordé la priorité à la stabilité. Un des maîtres mots pour parvenir à une croissance soutenue est de créer des emplois durables et atteindre un développement harmonieux. L’instabilité politique explique quelque peu la chute quasi continue de la croissance durant ces cinq dernières années.
« Le taux d’inflation prévu en début d’exercice fiscal était de 6,2 % alors que celui affiché en fin d’exercice se chiffre à 12,5%. Le plus grand ennemi d’une famille pauvre ou de la classe moyenne est l’inflation qui grignote le peu qu'elle possède », a indiqué l’économiste Kesner Pharel soulignant au passage la dépréciation de la monnaie nationale par rapport au dollar. Elle a connu un taux de dépréciation de 26% en une année.
Dans les finances publiques de l’exercice 2015-2016, on a collecté 76,65 milliards de gourdes de recettes publiques contre 121,95 milliards de gourdes de dépenses. On a connu deux administrations, et durant la deuxième (ndlr : Privert Jean-Charles), on a enregistré une augmentation de 12% de la masse salariale. Ce qui a occasionné un déficit budgétaire. Et le pays a connu un déficit budgétaire de 15 milliards de gourdes, pourtant le protocole de Cash management signé en avril 2016 entre le Ministère de l'Economie et des Finances visait à enrayer le déficit budgetaire. Malheureusement, le phénomène est toujours présent
Les banques affichent en général une croissance assez solide; elles enregistrent 2,6 % pour l’année fiscale qui s’est achevée le 30 septembre 2016. En dépit de la situation difficile, les banques ont enregistré de bons résultats. Des neuf banques constituant le système bancaire haïtien, trois d’entre elles- la Unibank, la Sogebank et la Banque nationale de crédit (BNC)- concentrent 80 % des dépôts totaux. « Ce n’est pas forcément un problème. Mais l’évolution du système devrait attirer l’attention des autorités, tant de l’exécutif que du Parlement au cas où une crise se déclare dans l’une de ces trois institutions bancaires », fait remarquer l’économiste Kesner Pharel en soulignant que des crises ont déjà touché d’autres pays.
Quant aux dépôts en devises convertis en gourdes, ils sont passés de 106,42 à 138,64 milliards de gourdes de septembre 2015 à septembre 2016. Cette augmentation de dépôts en devises de 30% dans l’économie se traduit par une dollarisation. C’est le choix du dollar par rapport à la gourde. Tout simplement. En passant de 74 milliards à 79 milliards de gourdes, le crédit s’est amélioré entre les deux exercices. Même à ce niveau, la concentration se confirme, 73 % du crédit octroyé par le système provient des trois banques citées précédemment. Le ratio des prêts sur dépôts est l’un des plus faibles de la région (-de 40%). En général, l’argent confié en dépôt aux banques ne sort pas aussitôt en prêts.
En termes de comparaison, le P.D.G. du Group Croissance montre que le PIB de la République dominicaine atteint la barre des 64 milliards de dollars, en même temps, celui d’Haïti indique 8,9 milliards. 1,8% de taux d’inflation pour les voisins contre 12,53 pour Haïti. « Ce taux d’inflation n’est pas une mauvaise chose pour le pays qui évite par là un risque d’inflation importée. Ça diminue les pressions locales, étant donné que la RD est l'un des principaux partenaires commerciaux d’Haïti », nuance l’économiste Pharel. En RD, le taux de chômage avoisine les 7,4 % et les chiffres officiels ne sont pas encore disponibles pour Haïti. Le taux de change affiche près de 68 gourdes pour un dollar d’un côté et varie entre 45 et 46 pesos de l’autre côté de la frontière.
Après avoir passé au peigne fin le secteur Commerce, restaurants et hôtels, Kesner Pharel rappelle que ce secteur est le plus important de l’économie. Il pèse pour 30 % dans l’économie du pays. À cause de l’instabilité sociopolitique, le secteur n’a cru que de 0,7%. De l’autre côté de la frontière, en République dominicaine, une croissance de 5,9 % dans le même secteur a été enregistrée. L’économiste déplore, par ailleurs, que le secteur des Transports et communications, qui regroupe les télécoms qui avaient l’habitude de dynamiser la croissance, n'a pas été à la hauteur de la situation. Les appels vocaux qui transitent via les réseaux sociaux et autres outils de communication sont en quelque sorte responsables de ce manque à gagner dans le rang des opérateurs téléphoniques.
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