C’est en écoutant dans la matinée du vendredi 30 décembre 2016 la rubrique sportive de Gilbert Fombrun sur Radio Métropole que j’ai compris que les clubs chinois de football avaient encore placé la barre trop haut. Après l’embauche de l’attaquant argentin Carlos Tevez, 33 ans, qui percevra un salaire de 76 millions de dollars sur deux ans (soit 3 millions de dollars par mois ou encore cent mille dollars par jour), voilà qu’ils font les yeux doux à l’attaquant portugais du Real Madrid, Cristiano Ronaldo, Ballon d’or 2016, et au médian turc du FC Barcelone, Arda Turan. D’entrée de jeu, l’inusable et talentueux chroniqueur sportif du 100.1 FM pose la question opportune : « Où s’arrêteront les clubs chinois qui se sont lancés dans une politique salariale démesurée, complètement folle? » Après le recrutement de Carlos Tevez, ils offrent 300 millions de dollars pour Cristiano Ronaldo qui touchera, si l’affaire est bouclée, 150 millions de dollars comme salaire annuel. Deuxième offre : elle concerne Arda Turan pour lequel les clubs chinois ont fait une proposition de 18 millions de dollars au titre de salaire par an, soit trois fois plus qu’il ne gagne au FC Barcelone. Cependant, les Chinois font face à une vive résistance, s’empresse de relever le rédacteur de la dépêche. Si le silence absolu est observé au Real Madrid sur l’offre de rachat de son valeureux buteur, par contre Luis Enrique n’est pas disposé à laisser partir son milieu défensif : « Arda Turan est polyvalent à Barcelone.» Effectivement, Arda Turan, après son passage à l’Atlético Madrid, a trouvé ses marques dans les rangs du FC Barcelone. L’offre chinoise ne le tente pas. Il a confié : « Je me sens très bien au Barça. » Les clubs chinois font donc de la surenchère avec ces propositions mirobolantes, ils appâtent sans doute des joueurs en difficulté dans leur club ou en fin de carrière. À long terme, l’objectif visé est la progression spectaculaire du football chinois. Au milieu des années 1970, les clubs New York Cosmos, Miami Toros, Tampa Bay Rowdies... avaient employé le même procédé. Pélé, Beckenbauer et Johann Cruijff avaient fait la traversée outre-Atlantique pour donner de la visibilité au football (soccer) américain en gestation. En Asie, le Japon ne s’était pas privé des services de Zico, surnommé le sorcier blanc pendant un temps. Le milieu offensif brésilien avait été recruté par le club Kashima Antlers comme joueur. Quand il raccrocha les crampons, il en devint l’entraîneur. Résultat : à la finale de la Coupe du monde des clubs qui s'est déroulée en décembre 2016 au Japon, Kashima Antlers fut l’adversaire du Real Madrid. Sans compter que la participation japonaise à la Coupe du monde de football est devenue régulière. Le Japon récolte ainsi les fruits d’un volumineux investissement et, avouons-le, de son sens de l’organisation. La surenchère salariale booste le football, certes, mais ressemble au capitalisme spéculatif. Se forme une bulle qui peut éclater à tout moment. À moins de miser sur la durée, en clair sur le lent cheminement où l’on part à temps et arrive sûrement.