Mercredi soir, l’Association des industries d’Haïti (ADIH) présentait à l’hôtel Montana les perspectives pour le secteur textile. Forte de plus de quarante mille emplois, pôle d’exportation en croissance, la sous-traitance textile vise deux cent mille emplois dans un horizon proche. Ce n’est pas la première fois que les acteurs, les investisseurs, les économistes et les responsables publics peignent les horizons radieux de nos factories, mais cette fois il y avait dans la salle le tout nouveau président du Sénat, Youri Latortue, et celui qu’il a devancé aux votes, l’ancien président du grand Corps, Ronald Larêche. La Chambre des députés était représentée par le vice-président Jacques Saint-Louis et le député Patrick Norzéus, entre autres. Les hommes d’affaires, entre deux statistiques, ont tendu la main aux élus pour que des lois en faveur de l’industrie d’assemblage soient votées. Ils ont aussi plaidé pour le respect de celles qui existent, car comment expliquer à une multinationale que, sans avis ni disposition légale, l’exécutif haïtien peut décréter des jours de congé, fériés et chômés. Les patrons asiatiques ou américains ne comprennent pas qu’ils doivent payer, sans planification, leurs employés à ne rien faire sur une simple décision politique, a expliqué le président de l’ADIH, Georges B. Sassine. Cela dit, le président du Sénat a promis son aide pour faire passer pendant son mandat les textes de loi en souffrance. Il annonce que la société civile et les secteurs organisés du pays auront accès au Parlement, deux fois par mois, pour présenter leur agenda législatif aux sénateurs. « Nous pouvons voter plus rapidement vos lois que si vous passez par l’exécutif », a promis Latortue. Dans une courte déclaration, le député Patrick Norzéus a proposé que les hommes d’affaires rencontrent plus souvent les parlementaires pour lier connaissance et exprimer leur attente. L’ancien leader étudiant a rappelé que, depuis 1986, le secteur de la sous-traitance n’a pas bonne presse. Et qu’il serait dommage de ne pas chercher à réparer l’image du secteur dans l’imaginaire de l’opinion publique et des élus… Les paroles du député ont permis de constater que le secteur de la sous-traitance en Haïti vit en vase clos. Se retranche derrière ses murs. Ne fait pas visiter ses usines. Ne communique pas sur ses atouts, ni sur ses apports, ni sur ses problèmes. Il est plus facile de visiter la CODEVI aux confins du département du Nord-Est, où les candidats à la présidence des dernières élections ont fait des passages remarqués, que d’entrer dans une factory de Port-au-Prince… Dans la salle de l'hôtel Montana, pour écouter le gratin de l’Association des industries d’Haïti, il y avait les habitués et les parlementaires en invités d’honneur. Beaucoup de sièges sont restés vides. Les membres de l’actuel gouvernement ont brillé par leur absence. Les futurs entrants au sein de l’exécutif, s’il y en avait dans la salle, étaient plus que discrets. Une langue légère a vite dit en aparté que le président Jovenel Moïse et ses conseillers se reposaient de leur tournée en République dominicaine. Et qu’il était plus porteur de visiter une usine en République voisine que de regarder les yeux dans les yeux les investisseurs haïtiens qui peinent à trouver des responsables politiques à la hauteur de leur attente… Haïti était le pionnier et le leader du secteur de la sous-traitance sur l’île il y a moins de cinquante ans. Aujourd’hui, elle est dépendante de la République dominicaine pour faire travailler ses ouvriers, tous les intrants nous arrivent de chez nos voisins. Haïti a aussi tué depuis 1986 son tissu industriel. Aujourd’hui, il ne reste que le commerce. Mauvaises décisions, crises politiques, non-accompagnement par l’État, le coup de massue qu’a été le coup d’État de 1991 suivi d’un embargo commercial, tout a concouru à affaiblir le secteur qui espère remonter la pente avant 2025 et la fin des avantages offerts par la loi Hope qui accorde des privilèges pour exporter vers le marché américain. Qui sera le ministre chargé des industries ? Qui aura la charge de l’Economie ? Détachera-t-on enfin le travail des affaires sociales ? Quelle place significative sera accordée au secteur de la sous-traitance dans les plans du prochain exécutif ? Autant de questions restées sans réponse après la présentation de l’Association des industries d’Haïti (ADIH).