Novembre 1976, moins de vingt-quatre (24) ans avant la fin du XXe siècle. Novembre 1976, quinze (15) ans après le blocus de Cuba voté par l’ONU. De ce fait, Haïti et Cuba, proches géographiquement, se retrouvaient diplomatiquement à des millions de kilomètres de distance. Donc, connexion impossible. Mais avec le sport qui n’a pas de frontières, tout est possible. Haïti, 2e moitié de novembre 1976. Dans quelques jours, le 1er match entre Cubains et Haïtiens. Les éliminatoires de la Coupe du monde de 1978 ayant offert cette double affiche aux sportifs de la région Concacaf, 147 passagers haïtiens se préparaient pour la traversée tant attendue. Car avoir l’opportunité de passer une semaine à Cuba, le pays du légendaire Jose Marti, c’était une aubaine en or massif pour les membres de la délégation haïtienne. Enfin, le jour J pour le grand départ arriva, une semaine avant l’exceptionnel rendez-vous du 28 novembre 1976 au stade national de La Havane. À l’aéroport François Duvalier, une certaine animation régnait sous les yeux des membres du service de sécurité. En provenance du Canada, nous dit-on, un avion de la compagnie aérienne Nordair se trouvait sur la piste depuis quelques heures. Tous les passagers sur le passeport collectif ont répondu à l’appel. Après le contrôle à l’immigration, c’était l’heure de l’embarquement. Le chef de la délégation, Mme Josette Deaz, directrice de Continental Travel, était naturellement au four et au moulin. À la hauteur de sa tâche, elle a bien rempli sa mission, de Port-au-Prince à La Havanne, de Cuba à Haïti. Après les formalités à l’Immigration, les membres de la délégation étaient prêts à embarquer sur le vol spécial de la Nordair. Et résonna la voix de Jean-Claude Sanon : ”Les journalistes devant” ! Mme Deaz a accueilli cette envolée en ces termes :” Le chef de la délégation devant” ! Les officiels, les membres du Club Haïti, les journalistes et les accompagnateurs ont suivi les pas du chef de la délégation jusqu'à l’appareil de la Nordair qui, peu de temps après, décolla. Direction La Havanne. Au revoir Haïti ! Pendant la traversée, nous attendions impatiemment la voix du pilote demandant aux passagers d’attacher leurs ceintures pour l’atterrissage. Arrivé à destination, le transporteur s’immobilisa sur la piste pendant un temps tellement long qu’on commença à se poser des questions. Enfin, on nous invita à sortir. Jean-Claude Sanon déclara : ”Le chef de la délégation devant” ! Mme Deaz répondit : ”Non, la presse devant” ! Plus près de la porte de l’avion, Bob Lemoine pointa sa tête au dehors puis retourna à l’intérieur en s’exclamant : ”Wi fout ! se pa ti lapli non mezanmi.” Les passagers reçurent des parapluies et se dirigèrent vers les bus qui les déposèrent à l’immigration. Bonsoir Cuba !