Dans l’édition du jour du Nouvelliste deux histoires font la une. La première concerne la solution trouvée par un vendeur de chaussures pour ne pas se faire voler, l’autre raconte la déconfiture du meilleur programme de bourses d’études en médecine jamais offert aux Haïtiens par un pays ami, Cuba, pour citer le pays de Fidel Castro. C’est au cours de la présidence de René Préval qu’en voyage à Cuba le président haïtien se voit offrir la possibilité d’initier un programme d’échange médical entre les deux pays frères. C’est Fidel Castro lui-même qui transmet l’offre à René Préval. Pour la formation, Préval monte un concours national et veut une distribution au mérite, mais il est réticent quant à l’utilité du déploiement des médecins cubains, craignant que la langue ne soit un obstacle aux rapports entre patients haïtiens et médecins cubains. Castro lui demande alors « quelle langue les médecins du monde entier parlent-ils avec les nourrissons ? ». Aucune, finiront par admettre les deux présidents et cela aplanira l’obstacle du langage. Après des débuts timides, la coopération finira par permettre à des techniciens cubains d’être déployés en Haïti et à de jeunes Haïtiens d’aller étudier, sans bourse délier, dans les universités de médecine les plus réputées de l’Amérique latine, celles de Cuba. Au fil des années, des centaines de jeunes Haïtiens achèveront avec succès leurs études de médecine à Cuba. Certains sont revenus au pays, militent dans le privé ou dans le public. D’autres professent sous d’autres cieux, grâce à leurs compétences. Tout va-t-il bien pour autant ? Oh, que non! Car c’était sans compter avec l’ingénieux appétit des politiciens haïtiens toujours aptes à détourner les meilleures dispositions. Depuis des années, le mérite a été remplacé par le « setoupamisme » du nom de cette doctrine décrite avec brio par Albert Buron, personnage légendaire imaginé par l’écrivain Gary Victor. Chaque élu, chaque autorité lourde a pris soin de mettre son petit doigt dans le mécanisme égalitaire et méritoire des bourses pour faire partir un des siens pour Cuba. Au fil des ans, de moins en moins de jeunes Haïtiens qualifiés se retrouvent dans les universités cubaines. Ceux qui y arrivent par les pistons et autres combines abandonnent souvent la médecine pour passer à d’autres activités plus lucratives. La décrépitude du programme de bourses en médecine offert par Cuba à Haïti est le parfait exemple d’un petit détournement qui finit en grande catastrophe. Chaque élu pense que c’est son poulain qui bénéficie d’une dérogation, mais à l’addition des passe-droits on se retrouve sans médecin de qualité. Le programme est à l’agonie. L’autre article en une du journal est plus réjouissant. C’est l’histoire d’un vendeur de chaussures qui a trouvé la bonne méthode pour étaler à même le sol la centaine de paires de baskets qu’il vend, sur Bourdon, quartier très fréquenté entre Port-au-Prince et Pétion-Ville, sans jamais se faire voler. Chaque jour, l’ancien professeur d’école, converti au commerce au détail de souliers de sport, place tout son stock par terre, à la merci des passants et des potentiels voleurs sans rien craindre car jamais deux chaussures de même pointure ne se retrouvent côte à côte. Le vendeur a inventé un mode de placement aléatoire efficace. Toute sa marchandise est en vitrine si l’on peut dire et il ne craint que la pluie ou les manifestations de rue. Pour son bonheur, il confesse n’avoir jamais subi de perte jusqu’à cette date. La solution originale de ce vendeur laisse rêveur quand on la compare à l’échec du programme cubain des bourses en médecine qui bénéficie du support de tout ce que l’Etat haïtien comporte d’esprits et de moyens…