Des clichés montrant Haïti sous toutes ses coutures font le tour du monde ces dernières heures. Avec cinq carnavals (Jacmel, Pétion-Ville, Carrefour, Gonaïves, Croix-des-Bouquets) ce week-end, la plupart des images reflètent la fête et les couleurs de nos ambiances.
Une photo et une seule a endeuillé le tout. On y voit un homme, couché sur son lit de mort, enferré par notre justice qui fait de la prison préventive son mode d’inaction préférée. La photographie signée Dieu Nalio Chery pour Associated Press (AP), illustre un article dans le Washington Post où sont décrits la malnutrition des détenus, les mauvais traitements que subissent les séquestrés sans aucun jugement et la surpopulation généralisée qui encombre le plus mauvais système de prison au monde, le nôtre.
Ce mardi, comme pour faire écho à ce drame, le parquet de Port-au-Prince fait chanter en l’église St-Anne les funérailles de 21 prisonniers, morts en détention. Danton Léger, avec sa série d’obsèques groupées, chante à chaque fois l’enterrement de notre système judiciaire, de notre système carcéral, de la réforme de la justice et dresse, en creux, le portrait de tous nos mauvais ministres de la Justice, passés et à venir.
Jovenel Moïse, le nouveau président du pays, qui brûle son mois de février sans gouvernement normalement constitué, hérite, avec le pouvoir étreint le 7 février 2017, des problèmes de nos prisons.
Chargé de la bonne marche des institutions, comme ses prédécesseurs, le président a déjà sur sa conscience la mort des oubliés de nos prisons et dans ses devoirs à faire d'urgence la mise en branle d’une nouvelle réforme de la justice promise lors de son discours d’investiture.
Le président Moïse a aussi sous sa responsabilité les hôpitaux en grève, les facultés en cessation d’activité, les professeurs qui n’ont pas reçu leur salaire, l’insalubrité ambiante, les pertes abyssales de l’Etat haïtien qui vend l’essence à meilleur marché sur l’île d’Haïti, etc., ect.
Tous les problèmes que ses prédécesseurs, Martelly et Privert, pour ne citer que les plus récents, n’ont pas pu résoudre sont aujourd’hui dans le bilan de l’homme de la banane.
Bien entendu, le président a aussi à sa charge le carnaval. Tous les carnavals de son règne. Ceux qu’il visite, ceux qu’il ignore, ceux dans lesquels il s’implique jusqu’à choisir les groupes autorisés à prendre part au défilé et ceux qui n'auront pas lieu.
Ce week-end, à Jacmel, Carrefour, aux Gonaïves, on a vu le président au carnaval. On attend de le voir de plus en plus sur d’autres fronts moins festifs. Le pouvoir, c’est le roulement de tambour des honneurs et le poids des instruments, avant et après la fête.
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