Le Nouvelliste (L. N.) - Un atelier du 6 au 10 mars sur le comptage, la facturation et la réduction des pertes d’électricité est probablement tout à fait nouveau en Haïti, en quoi consistent les principales activités ?
Marc Antoine Archer (M.A.A.)- Effectivement, on parle souvent des pertes électriques qui se produisent aussi bien au niveau technique, donc sur le réseau, et dans les équipements en général et du vol d’électricité, de la non-facturation, du non-paiement des factures, du vol de carburant. Mais on ne parle pas trop de mesurage, de contrôle de ces pertes. Voilà donc l’importance de cet atelier, organisé par l’Association américaine de l’énergie (USEA), avec la collaboration de l’Observatoire de l’énergie en Haïti (Observeh) et le financement de l’USAID.
L. N.- Chacun de ces domaines (comptage, facturation et réduction de pertes) mérite qu’on s’y attarde davantage. L’un après l’autre, quel en est votre point de vue ?
M.A.A.- Effectivement, vous avez raison. Permettez cependant, pour en montrer l’importance, de dire que la chaîne de valeur traditionnelle de l’électricité qui comprendrait, déjà en amont, l’approvisionnement en énergie primaire pour la « production » de l’électricité, puis du « transport et de la distribution » de l’électricité produite pour finaliser avec la « consommation » de cette électricité repose entièrement sur la « viabilité » de la consommation. Tout au long de cette chaîne de valeur, des pertes se produisent au niveau de la manipulation, de la transformation, ce sont des pertes techniques en général, mais là où cela s’aggrave, c’est dans la rentabilité de la structure. Tout peut s’écrouler si le contrôle au niveau du comptage et de la facturation est inadéquat. Il faut compter ce que l’on transmet. Il faut facturer ce que l’on délivre. Il faut que l’énergie mesurée et facturée soit rémunérée.
L. N.- Culturellement, la facturation, le mesurage intelligent en matière d’énergie ne risquent-ils pas de se heurter à la culture de non-transparence d’ici et aux faiblesses des institutions, notamment la justice ? Les solutions en vue.
M.A.A.- Je ne voudrais offrir de prétexte à personne, mais je dois dire que l’individu consommateur, en général, est réfractaire au paiement des services. Cela veut dire que le fléau du non-paiement de l’électricité consommée n’est pas un défaut de l’Haïtien. Il faut un niveau de conscience citoyenne très élevé pour comprendre que celui qui ne paie pas pour un service énergétique fourni oblige à partager l’effort de paiement entre les autres. Cela veut dire qu'aussi bien vous que moi, utilisateurs du service de l’électricité en Haïti, nous aurons à payer pour celui qui aura décidé de ne pas honorer ses obligations de paiement. Cela veut dire que mieux vaut forcer à établir une certaine culture de la transparence dans le pays si nous voulons avoir de meilleurs services.
L. N.- Durant cette semaine consacrée à ces domaines ayant trait à l’énergie, quel sera l’apport de l’Association de l’énergie des États-Unis (USEA) ?
M.A.A.- L’Association américaine de l’énergie est celle qui organise l’événement. Nous, en tant qu’Observatoire de l’énergie en Haïti, nous avons joué le rôle de planificateur. L’USEA intervient dans de nombreux pays et nous croyons qu’il était bon pour Haïti de les avoir avec nous et de pouvoir compter sur leur expérience.
L. N.- Au regard de la société et le potentiel de l’économie, quelles sont les technologies qui pourraient fournir les meilleures solutions, selon vous ?
M.A.A.- Je suppose que vous parlez surtout au niveau de la production de l’électricité. Dans ce cas, nous n’avons pas de préférence, il faut absolument arriver à faire d’Haïti un pays énergétiquement compétitif. Cela veut donc dire utiliser des technologies qui permettent de produire au meilleur coût, en produisant le moins d’impact possible sur l’environnement et facilitant l’accès le plus large possible à la population. Donc, la matrice électrique doit pouvoir intégrer toutes ressources localement disponibles.
L. N.- À court et à moyen terme, Haïti peut-elle mettre en œuvre des projets soutenables et inclusifs en matière de production et de distribution d’électricité ?
M.A.A.- Là, je vais être court. Oui. On peut le faire et on doit le faire. Sinon, nous serons toujours les derniers. Au niveau de la satisfaction des besoins énergétiques, au niveau de l’accès à l’électricité, au niveau de l’équité énergétique, au niveau de la compétitivité énergétique, bref, au niveau de la modernité.
L. N.- Après l’atelier, à quoi peut-on s’attendre ?
M.A.A.- Je dois dire qu’après tant d’efforts, durant quasiment 12 ans, car, en avril 2005, l’Institut haïtiano-catalan de techniques énergétiques (IPHCATEN), que je dirigeais à l’époque, organisait à Port-au-Prince les premières journées de l’énergie. À cet événement, plusieurs institutions participaient et leur incrédulité sur la possibilité d’un changement dans le secteur de l’énergie en Haïti était notoire. Aujourd’hui, je dois dire que je ressens un certain vent d’optimisme de la part des différents acteurs. Je suppose et j’ose espérer que c’est le bout du tunnel.
Vous verrez bientôt la publication du document stratégique sur le secteur de l’énergie sur lequel l’Observatoire a travaillé avec le Conseil de développement économique et social (CDES) et qui est le fruit d’un travail énorme réalisé non seulement avec l’ensemble des acteurs de la société civile haïtienne, mais aussi avec une large participation de hauts cadres de l’Administration publique haïtienne. Donc, effectivement, c’est le bout du tunnel, car on voit la lumière briller tout près.
Propos recueillis par Dieudonné Joachim
djoachim@lenouvelliste.com
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