Le défilé des trois jours gras, qui a mobilisé tant d’énergie du côté de la nouvelle équipe au pouvoir, a pris fin le mercredi 1er mars 2017. Durant ce laps de temps (depuis 24 février au 1er mars), le président et son cercle ont élu domicile aux Cayes et ses environs pour s’assurer que le carnaval national se passe comme annoncé avant même son investiture. Les «bamboches» ont pris fin. Il faut maintenant s’atteler aux priorités économiques et politiques du moment. Un Premier ministre nommé attend le verdict des deux Chambres du Parlement. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. S’il est vrai que « apre dans tanbou lou », la nouvelle équipe doit se rendre à l’évidence que même ceux qui ont bamboché durant cette période de réjouissances seront sans pitié quand il s’agira de gagner les rues pour combattre l’insécurité alimentaire ou la famine. Jusqu’à ce week-end, le pays attend encore un Premier ministre pour prendre les destinées de la nation en matière de gouvernance. Il n’y a plus de place pour l’amateurisme ou les erreurs à répétition. Le président de la République, de la manière qu’il a été élu, par la majorité d’une minorité, se doit d’être prudent autant dans ses choix que par son comportement. S’il veut réussir son mandant, le chef de l’État doit se mettre au travail immédiatement. On risque d’entamer un deuxième mois après l’investiture sans chef de gouvernement. Qui l’aurait cru ? Pourtant, il avait annoncé en grande pompe que le nom du Premier ministre serait connu dès le 8 février. La réalité du pouvoir en Haïti est-elle en train de ramener le président là où les autres ont également connu des déboires ? Une des urgences à court et à moyen terme est l’épineuse question de la sécurité alimentaire. En effet, 37 % de la population vit en insécurité alimentaire marginale, risquant ainsi de se retrouver dans une situation d’insécurité alimentaire plus grave en cas de manque d’assistance, selon la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA). La zone à plus forte prévalence d’insécurité alimentaire est le Nord-Ouest, plus précisément le bas Nord-Ouest, avec 65 % de ménages, dont 18 % sévèrement affectés. Si le président veut envoyer des signaux clairs à ses mandants et aux Haïtiens en général, il doit absolument réussir son entrée, c’est-à-dire les 100 premiers dont 30 sont pratiquement déjà écoulés. Un budget rectificatif devrait être prêt pour le premier semestre de l’exercice fiscal en cours. On risque fort de ne pas l’avoir dans les délais prévus par les lois haïtiennes. Tout le monde est impatient de voir le chef de l’État et un Premier ministre, de voir le gouvernement imprimer son empreinte dans l’administration publique. L’opinion attend avec impatience de voir comment le président et son équipe comptent mettre « les terres, les rivières, le soleil et les gens ensemble afin d’œuvrer au bien-être des citoyens haïtiens». De toute façon, on n’attend pas de miracle. Car, si le gouvernement consent à mettre la même énergie et la même motivation qui lui ont permis de réaliser le carnaval national dans un délai aussi restreint, il n’y a pas moyen qu’il ne réponde pas aux besoins pressants qui nous guettent.