« La production d’énergie électrique, deuxième composante de l’offre énergétique globale, est dominée par l’utilisation de produits pétroliers dont le coût d’acquisition devient, au fil du temps, quasi insupportable pour l’économie du pays ». Dans une salle de l’hôtel Marriott, à Port-au-Prince, ces propos du ministre des Travaux publics, Transports et Communications (TPTC), Jacques Evelt Eveillard, ont résonné, ce lundi 6 mars 2017, comme un ultime appel aux acteurs du secteur énergétique à prendre la voie du futur.
Reconnaissant les retards accumulés par Haïti dans ce domaine, Jacques Evelt Eveillard s’est exprimé : « Bien qu’Haïti ait été le premier pays caribéen à exploiter son potentiel hydraulique à des fins de production électrique, la part de l’offre énergétique due à cette technologie a connu une baisse significative ces dernières années.» M. Eveillard qui se prononcait à l’ouverture de la « Journée de dialogue sur l’énergie » conçoit cette activité comme une voie pour rechercher les solutions les plus adaptées face au déficit chronique dont souffre Haïti dans le domaine énergétique.
« Selon les statistiques disponibles, Haïti occupe la dernière place dans le classement des pays du continent américain pour la production et la consommation d’énergie par tête d’habitant », a concédé le ministre des TPTC, Evelt Eveillard en soulignant que l’analyse de l’offre énergétique montre une large utilisation des ressources ligneuses dans la production énergétique. Ceci a pour conséquence d’entraîner le déboisement du pays, l’érosion des sols et la perte chaque année de centaines de tonnes de terre arable.
Pendant cette cérémonie qui lance les cinq journées (du 6 au 10 mars) dédiée à l’énergie, le ministre des TPTC a fait savoir que l’institution qu’il dirige est aussi intéressée que sensibilisée aux différents problématiques qui font l'objet de ce colloque. « Le ministère des Travaux publics est aussi ouvert aux idées novatrices et aux technologies nouvelles ; la preuve est la récente inauguration et la mise en service d’une microcentrale solaire de 100 Kw destinée à éclairer l’aire du Champs de Mars. »
Pour sa part le directeur de la mission de l’Agence des États-Unis pour le développement international en Haïti (USAID), Jene Thomas, a estimé que l'énergie n'est pas seulement une question technique : il s'agit d'une question sociale, économique, sanitaire et de sécurité publique. « Sans accès à une énergie stable et abordable, nous ne pouvons pas développer efficacement les entreprises de l'agriculture, fournir les soins de santé et l'éducation, et protéger la population, surtout les femmes et les filles », a souligné M. Thomas qui croit que c’est un point important à mentionner la veille de la Journée internationale de la femme. Car, dit-il, la sécurité des femmes et des jeunes filles est renforcée quand l'électricité éclaire l'obscurité de la nuit. Il nous faut l'accès à l'énergie abordable pour construire la voie menant au développement durable en Haïti et à la prospérité.
Le directeur de la mission de l’USAID constate qu’en Haïti il y a ceux qui ont accès à l'énergie et ceux qui n'ey n'ont pas accès. Selon lui, cet écart dans l'accès à l'énergie menace les opportunités de croissance économique à long terme pour Haïti. « Le gouvernement et le secteur privé doivent travailler ensemble pour combler cet écart. Personne ne peut le faire seul. Nous croyons qu'un dialogue constructif et constant est le meilleur moyen de parvenir à un consensus sur les moyens de le faire », a souhaité Jene Thomas.
Aux yeux de M. Thomas, les municipalités ont également un rôle important à jouer. C’est une autre leçon, affirme-t-il, tirée de la centrale de Caracol. « Les municipalités sont mieux capables de comprendre les besoins énergétiques locaux, d’identifier les possibilités d'économies d'énergie et de produire de l'énergie adaptée aux réalités de la communauté, par exemple par la création de micro réseaux pour l'électricité. »
Le coordonnateur de l’Observatoire de l’énergie en Haïti, (Observeh), Dr Marc Antoine Archer, a de son coté expliqué que ledit dialogue a permis d’identifier non seulement des perspectives à court, à moyen et à long terme pour le secteur de l’énergie en Haïti mais aussi de souligner les domaines dans lesquels on peut renforcer la compréhension entre les acteurs. « On a pu établir les bases de travail. Un long chemin reste à faire. », a-t-il déclaré.
Dr archer a aussi souligné la nécessité de promouvoir activement la production d'électricité à partir de ressources renouvelables et à faible teneur en carbone et, dans ce contexte, les possibilités de coopération à grande échelle dans, l'intégration des énergies renouvelables sur le réseau et dans le développement des technologies de stockage.
Même pour ceux qui ont accès à l'électricité, la fiabilité est inconstante. Selon l’USAID, ce manque de fiabilité force de nombreuses entreprises et de ménages à installer des génératrices diesel coûteuses, inefficaces et nuisibles à l'environnement. Bien que les tarifs résidentiels en Haïti soient relativement faibles par rapport aux autres pays tributaires des combustibles fossiles de la région, les tarifs commerciaux et industriels sont parmi les plus élevés. Ce manque d'accès au courant abordable et fiable entrave l'investissement, limite le développement des entreprises productives et dégrade le niveau de vie des clients résidentiels.
La combustible de choix pour la préparation des aliments pour la majorité des ménages en Haïti est estimée à 4 millions de tonnes (MT) Environ un tiers est transformé en charbon de bois pour répondre aux besoins en carburants des consommateurs urbains. En dehors de l'impact environnemental négatif de la coupe des arbres pour le carburant, la cuisine avec du bois de chauffage et du charbon de bois expose la population, en particulier les femmes et les jeunes enfants, à la fumée et à la pollution de l'air intérieur.
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