Une ambassade accréditée en Haïti ne reconnaît comme véridique aucune pièce émise par une administration haïtienne qui ne contient pas au moins une faute. Si le document provient de la Police nationale d’Haïti ou des tribunaux, il faut la présence de plusieurs erreurs flagrantes pour leur prouver que la pièce est authentique. Tout ce qui est parfait, écrit dans un langage châtié et sans rature, surcharge et autres erreurs est systématiquement mis de côté, doit subir une vérification approfondie. L’avocat qui confie cette information au Nouvelliste l’a fait d’un air peiné avant de reconnaître, que depuis des siècles, nous ne pouvons toujours pas bien rédiger nos actes. Les débats au Sénat ou à la Chambre des députés transpirent les relents de cette faiblesse qui entache tous nos écrits. La Constitution citée, à tout bout de champ et à tort et à travers par les élus, montre à elle seule comment il est difficile de faire œuvre parfaite en Haïti. La Constitution originelle de 1987 a été amendée, mais personne ne veut s'en tenir à celle qui a été publiée parce que tout le monde sait que la version finale n’était pas la bonne version votée. La version créole n’a jamais été rédigée, etc. Ce n’est donc pas par hasard si, à l’occasion de la présentation de sa politique générale, chaque pièce présentée par le Premier ministre nommé suscite des débats à n’en plus finir. On ne sait pas quel est le vrai nom de sa mère, parce que deux de ses pièces disent des choses contraires ou complémentaires, on peut mettre en question ses fraîches déclarations définitives d’impôts, on peut chercher la petite bête dans chaque document qui fonde le bon droit de Jack Guy Lafontant à être Premier ministre. Comme cela a été dit au Parlement, le Dr Lafontant n’est pas le premier Premier ministre à être confronté à des difficultés à cette étape de son processus de ratification. Souvent, si on respecte la Constitution, le candidat tombe. Quand la politique a le dernier mot, le choix du président passe. Si le président désignateur du PM a mis ses devoirs au propre aux yeux des parlementaires, toute embûche devient une simple formalité. Que les pièces du PM soient en règle ou pas. Dans un détachement suprême, la population comme la société civile, les associations et les partis politiques, tout le monde, en fait, assistent sans broncher à cet ersatz d’examen des pièces, pour la simple et bonne raison que chaque Haïtien a un cas similaire dans sa famille ou en est lui-même atteint. Nou pa gen bon papye. Personne n’a de pièces en règle, même quand quelqu'un détient toutes les siennes. Les plus cyniques se réjouissent que Premier ministre et ministres passent l’étape du Parlement avec un handicap lourd. Cela facilite les négociations futures. Augmente la dette du nouveau chef envers tous les petits chefs. Cela lui rappelle qu’il est comme le plus simple des démunis qui n’a pas accès à un acte de naissance dans ce pays dont il a la charge et qu’il laissera, comme ses illustres devanciers, dans le même piteux état quand il ne sera plus Premier ministre. Faire en sorte que l’ordre règne dans nos registres, déclarations, obligations et autres écrits n’a jamais été à l’ordre du jour bien avant 1804, bien avant que Jean-Jacques Dessalines n'ait réclamé la vérification des titres de propriété… et on connaît la suite de l’histoire. Depuis, tout le monde laisse courir le désordre national en espérant en tirer partie un jour.