De mercredi à mercredi, le pays a vécu en une semaine un ensemble d’événements qui, mis bout à bout, dessinent les contours d’une situation sur laquelle il est trop tôt pour apposer une quelconque étiquette, mais dont on doit suivre l’évolution. Mercredi dernier, c’est le Sénat de la République qui ouvre le bal en votant une résolution qui condamne l’arrestation d’un sénateur élu, Guy Philippe, arrêté avant d’avoir prêté serment et transféré aux Etats-Unis d’Amérique pour répondre des accusations de trafic de drogue et de blanchiment des avoirs. Dans leur résolution, les sages condamnent toute arrestation de citoyen haïtien et son transfert à l’étranger, recommandent à la Chambre des députés de poursuivre le ministre de la Justice et de la Sécurité publique pour crime de haute trahison et commandent à deux des plus hauts gradés de la Police nationale d’Haïti de présenter des excuses au Grand corps. Si certains craignent que la résolution positionne le Parlement comme pro drogue, d’autres s’inquiètent de la déstabilisation potentielle qui peut résulter d’un bras de fer entre police et Parlement. L’institution policière a exécuté un ordre de justice, des instructions hiérarchiques, les parlementaires ont des objectifs politiques. Le bon point dans cette affaire, l’exécutif, celui de Privert-Jean-Charles comme le nouveau tandem Moïse-Lafontant, ne se s’est jamais prononcé sur l'affaire Guy Philippe, laissant sans doute le temps faire son œuvre. Le week-end pointait son nez qu’on apprenait que la Minustah s’en irait bientôt. Le nouveau secrétaire général des Nations unies en a fait l’annonce. Ce qui n’est pas assez dit dans cette nouvelle étape des missions de maintien de la paix en Haïti, c’est que la Minustah ne part pas parce qu’elle a accompli sa mission en laissant un pays sûr et stable comme sous la première présidence de René Préval, cette fois, elle part parce que plus personne ne veut continuer à payer pour nos gardiens. Nos timouneries inquiétant toujours la communauté internationale, une mission réduite sera montée pour supporter la justice et les forces de police. La tutelle se relâche, la bride reste. La Minustah s’en va, l’Onu invente une nouvelle mission. Pour le moment, on ignore la position officielle d’Haïti sur la question. Pour rester à l’ONU, si Ban Ki-moon avait reconnu les torts de la Minustah dans la propagation du choléra en Haïti, le nouveau SG, António Guterres, a pris acte vendredi que les pays membres de l’organisation rechignent à mettre la main à la poche pour matérialiser l’appel pour trouver 400 millions de dollars en vue de réparer les dégâts du choléra en Haïti. Il n’y a plus d’argent pour rien. On ignore pour le moment le plan B d’Haïti pour éradiquer le choléra, protéger les populations vulnérables et doter le pays des services de base pour prévenir les maladies hydriques. Dimanche, c’est un incendie majeur dans le plus grand marché du pays qui ouvre la liste des mauvaises nouvelles. Le feu a occasionné des pertes énormes pour les grossistes en vêtements usagés qui approvisionnent tout le pays et font vivre tailleurs, couturières, et revendeurs. Ni la mairie, ni la police n’ont communiqué sur les causes du sinistre. Le gouvernement n’a encore annoncé aucun plan pour venir en aide aux victimes. Cet incendie s’ajoute à une longue liste et toujours pas de système pour prévenir les ravages du feu dans nos marchés publics. Le même soir de dimanche, l’annonce d’une attaque sur des véhicules assurant le transport public au niveau du morne Puilboreau sur la nationale numéro 1 choque l’opinion. Trois camions et un bus sont incendiés par des assaillants qui ont détroussé tous les passagers et revendiqué politiquement leur acte. Ils réclament que les résultats des élections pour le poste de député de la circonscription de Plaisance aillent dans le sens de leur revendication devant le BCEN. Et dire qu’on croyait la page des élections tournée. Ce dimanche, c’est l’une des plus prestigieuses équipes de football du pays, le Baltimore de Saint-Marc, de retour d’un déplacement chez un adversaire, qui s’est retrouvée au cœur de l’attaque de Puilboreau. Tous les joueurs et dirigeants ont été délestés de leurs affaires. Certains ont été battus lors de cette attaque sur la principale route reliant le Nord du pays à la capitale. Quatre jours plus tard et après le terrible accident de la circulation qui avait entraîné la mort de trente-huit personnes non loin des Gonaïves, à quelques kilomètres de là, ni la police ni les autorités civiles n’ont annoncé de mesures pour sécuriser nos routes. Toute la semaine, sporadiquement, il y a eu le blocage des activités normales sur la Côte des Arcadins. Le trafic automobile, entre quatre départements du pays et la capitale, a été perturbé pour cause de manifestations, violentes ou pacifiques, ou par simple mesure de précaution des usagers. Cela fait des mois que des litiges de délimitations territoriales agitent trois communes de la zone. Là encore, les solutions tardent à émerger des nombreuses réunions tenues sur la question. Un incident survenu lundi lors du passage de la voiture de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide à Lalue n’est toujours pas élucidé. Il y a eu tirs à l’arme à feu, sur, contre ou pendant le passage de son cortège. Il y a au moins un blessé. que le parti politique d’un ancien président crie à la tentative d’assassinat ne devrait pas rester sur la liste des faits anodins. La police et les autorités judiciaires s’activent-elles pour éclairer l’opinion ? Mardi, des tirs d’armes ont été entendus dans ou devant l’immeuble de l’ambassade américaine en Haïti à Tabarre. Pour le moment on ignore l’origine de cet incident. Les autorités des deux pays n’ont pas communiqué sur le sujet, estimant sans doute que cela ne nécessite pas de troubler notre quiétude d’esprit. Dans le déferlement des mauvaises nouvelles, on n’a pas manqué toute la semaine, de mercredi à mercredi, de prendre le temps de rire des déclarations délirantes d’élus qui, les réseaux sociaux aidant, se sont retrouvés acteurs magnifiques de notre tragicomédie. La liberté d’expression étant l’une de nos plus importantes conquêtes depuis 1986, personne ne leur dira d’arrêter de diffamer la lecture ou le bon sens. Pastè Blaze, Krèk Koko et Kako se sont chargés de remettre les pendules à l’heure pour nos honorables élus. Pendant que nous enfilons comme des perles les mauvaises nouvelles, des régions entières de la Grand’Anse meurent de faim. De faim. Cela ne doit pas passer pour un fait divers de plus. Comme chaque point qui retient l’attention depuis une semaine, la gestion de l’après-Matthew dans les zones affectées rejoint des problématiques plus importantes qu’il n’y paraît au premier coup d’œil. Les ministres, les nouveaux responsables doivent vite comprendre qu’ils ont du pain sur la planche, sinon nous allons être dans le pétrin.