L’arrêté portant sur les subventions de l’administration publique adopté par l’administration Moïse/Lafontant est applaudi des deux mains par certains groupes de la population. Cet arrêté, qui fait obligation aux institutions publiques de publier dans le journal officiel Le Moniteur un ensemble d’informations sur les bénéficiaires des subventions publiques, est assimilé par plus d'un à un signal fort dans la lutte contre la corruption. Pour d’autres, c’est un arrêté de plus. Les sceptiques, les saint-Thomas ont-ils tort quand on sait comment les professionnels de la corruption peuvent contourner les mesures et les lois ? Des directeurs d’école, avec la complicité de fonctionnaires du ministère de l’Éducation nationale, n’avaient-ils pas trouvé les mécanismes pour détourner les fonds du PSUGO ? La création de l’UCREF et de l’ULCC a-t-elle enlevé notre pays sur la liste des pays les plus corrompus de la planète ? Combien de procès pour corruption a-t-on déjà réalisés à la suite des enquêtes menées par ces deux institutions ? Si Haïti a la mauvaise réputation d’être un très mauvais élève en matière de lutte contre la corruption, la faute n’est pas à nos lois, mais à une absence de volonté pour les appliquer. Dans les discours, tout le monde est fatigué de la corruption qui gangrène nos institutions. En campagne électorale, tous les candidats ont le remède contre ce mal récurrent. Une fois élus, ils n'estiment plus nécessaire de changer le système qui les a portés au pouvoir. Ici, ceux qui se proposent de lutter contre la corruption pensent que ce sont les autres qui doivent respecter la loi, pas eux. Ils se donnent des circonstances atténuantes pour se passer des lois. Combien de nos élus – président de la République, sénateurs, députés, maires – ont soumis au Conseil électoral provisoire (CEP) le rapport financier des dépenses de leur campagne électorale ? Combien de nos dirigeants d’hier et d’aujourd’hui ont fait la déclaration de leur patrimoine au terme de leur mandat comme l’exige la loi ? Et si quelqu’un ose le faire, les informations fournies sont gardées comme des secrets d’Etat. Pourtant, les citoyens haïtiens savent de quoi est constitué le patrimoine des candidats à la présidence d’autres pays. La lutte contre la corruption suppose des institutions fortes pour faire respecter les lois établies. Ici, chacun fait de son mieux pour que les institutions soient faibles. Nous connaissons la suite. Oui, il faut de la transparence dans la gestion des subventions publiques, mais il faut aussi que ceux qui l’exigent soient au-dessus de tout soupçon. Sinon, la lutte contre la corruption restera un vœu pieux. Et ce n’est pas un arrêté qui changera la donne.