Parle-nous un peu de toi Je suis Pascal Brun. Je suis né en Haïti où j’ai commencé mes études. Ensuite, je me suis rendu aux États-Unis où j’ai bouclé mon cycle secondaire au Culver Military Academy. J’ai intégré cette école avec mon frère, Michael Brun, grâce à une bourse, sous les recommandations d’un ami de mon père. Par la suite, j’ai eu une formation militaire de quatre ans à l’académie militaire des États-unis (USMA) à West Point, l’institution qui forme les officiers de l'armée américaine. À USMA, je suis devenu le premier cadet international dans l’histoire de l’académie, fondée depuis 1802, à recevoir la position de brigade adjoint, responsable de l’administration du corps de cadets. Après avoir fini ma formation, j'ai reçu mon diplôme de gestion d'ingénierie et j’ai intégré la PNH. Je suis maintenant inspecteur principal à la Police nationale d'Haïti. As-tu toujours été attiré par l’armée ? Pour moi, tout a changé après le tremblement de terre. J’avais 15 ans à l’époque. J’ai trouvé la passion de suivre ma route, mais aussi j’ai commencé à réfléchir à ce qui était important dans ma vie. Ma famille avait certes été épargnée, mais j’ai vu que n’importe qui aurait pu être atteint par ce tragique événement qui a frappé Haïti. Ça m’a porté à réaliser qu’il est bien de travailler pour les gens qui sont autour de nous. Il y a différentes façons d’aider. Pourquoi avoir choisi d’être militaire ? J’ai trouvé que l’armée, avec sa discipline, la hiérarchie, et toutes ses galères m’offrait le leadership nécessaire pour mieux aider mes semblables. Aussi, j’ai toujours pensé que pour aller de l’avant, pour améliorer les choses, il faut trouver un mentor. Tous les gens que je connaissais étaient à l’académie militaire. J’ai toujours été entouré de militaires. La voie semblait toute tracée ! Tu n’as jamais rien voulu faire d’autre ? Je suis très attiré par les médias, la photographie, la vidéographie… D’ailleurs, j’ai des photos que j’ai prises sur Instagram. J’ai aussi une chaîne YouTube. J’adore tout ce que qui a rapport à la communication et qui puisse développer les différentes facultés humaines. Je suis obsédé par la créativité. Comme mon grand frère, je fais de la musique. On a eu des leçons de piano et de violon pendant des années. Je sais chanter et j’ai aussi dansé au secondaire. Je dessine aussi. Je fais surtout des portraits. Je n’ai pas encore donné libre cours à mon imagination en terme de création dans le domaine. J’ai pensé à imprimer mes photos et mes dessins pour une exposition en Haïti. Bref, tout ceci occupe mes week-ends ! Parle-nous un peu de la formation à l’école militaire Pendant l’année scolaire nous sommes des étudiants en uniforme. D’abord tous les étudiants de West Point sont diplômés en génie. Moi, j’ai étudié l’ingénierie de système. Ainsi, pendant la semaine on suit les cours ayant rapport à cela, même si parallèlement on est soumis à une grande discipline. Tout est règlementé, de la dimension des couvertures à la disposition de nos vêtements. Pendant l’été on avait la formation militaire. Moi, j’ai voulu profiter de tous les avantages qu’offrait l’institution. J’avais donc très peu de vacances. En première année, nous avions eu la formation de base, pour comprendre la discipline. On nous a appris à être un soldat, autrement dit. Les années suivantes, les étudiants pouvaient choisir quelles formations ils voulaient prendre. Et ces enseignements pouvaient être très diversifiés. Par exemple, il y a deux ans, pendant 8 semaines on m’a envoyé au Ghana, en Afrique. C’était comme un projet humanitaire. J’ai enseigné quelques notions de mathématiques, d’anglais, de français dans une école. On a aussi refait la route qui menait à l’école. Cet exercice avait été conçu pour nous apprendre à travailler avec les gens de différentes cultures. L’expérience était extraordinaire. Que comptes-tu faire de cette formation que tu as reçue de West Point ? Je veux travailler de quelque manière que ce soit pour le peuple haïtien, pour aider à stabiliser les infrastructures haïtiennes. Je veux travailler avec le gouvernement haïtien.. Je ne voulais pas rentrer au pays et monter ma propre affaire comme le font une grande partie de ceux qui ont étudié à l’extérieur. Certes, on peut faire du bien socialement à travers une entreprise, mais je suis d’avis que le secteur public a besoin de beaucoup plus d’aide que le secteur privé. Comment as-tu vécu le changement de l’école militaire aux Etats-Unis pour l’académie de police en Haïti ? Avant tout, j’ai réalisé une chose avec le peuple haïtien en le côtoyant : les Haïtiens n’ont pas peur de travailler ! Je le répète : Pa gen Ayisyen ki pè travay. La question maintenant est de savoir s’ils ont la motivation nécessaire pour accomplir leur tâche. Une fois que tu trouves ce qui le motive et que tu le lui donnes, l’haïtien ira jusqu’au bout du monde ! Es-tu satisfait de ton parcours jusqu’à présent ? Oui ! Je suis présentement diplômé de l’Académie nationale de police avec le grade d’inspecteur principal. Je saurai où je serai affecté après les finalisations administratives de mon intégration. Mais je sais que j’accomplirai beaucoup plus de belles choses dans l’avenir. Et cet avenir tu le vois en Haïti ? Absolument.