Au vu de la procession accélérée du phénomène de la migration qui prend chaque jour des proportions effarantes et au regard de la croissance enregistrée depuis plus de deux décennies, les transferts de fonds ont encore de beaux jours devant eux. Du moins, c’est le scénario le plus optimiste qui se présente à Haïti à un moment où la production nationale est réduite à sa plus simple expression. En tenant compte de la politique migratoire pratiquée par des pays comme la France, ou pire, les Etats-Unis d’Amérique, certains analystes craignent que cette croissance connaisse un ralentissement conséquent. Un pays comme Haïti serait une des premières victimes de ces nouvelles mesures. En attendant, les transferts de la diaspora haïtienne demeurent la principale source de devises de l’économie haïtienne, car supérieurs aux transferts publics et aux exportations.
Lors d'une récente tribune tenue par le Conseil de développement économique et social (CDES) au centre de convention de la Banque de la République d’Haïti, un des membres du conseil de la banque centrale a émis des réserves quant à la croissance constante des transferts enregistrés depuis le milieu des années 90. Sans alarmer pourtant, Fritz Duroseau a attiré l’attention sur ce qui se fait maintenant dans certains pays en ce qui a trait à la politique d’immigration. Allez demander aux Haïtiens vivant aux Etats-Unis ce qu’ils pensent de la politique migratoire de leur pays d’accueil.
Les études récentes de la Banque mondiale et d’autres institutions internationales montrent clairement que les fonds reçus par Haïti de sa diaspora, plus 2 milliards de dollars en 2015 (soit l'un des volumes de transferts les plus importants de la région Amérique latine et Caraïbe), n’ont servi qu’à la consommation : achat de produits alimentaires et habillement. Mais les champions du monde de cette catégorie, selon le Pew Research Centre qui s’appuie sur des chiffres de la Banque mondiale, demeure le Mexique (24 milliards) la Chine (16 milliards) et l’Inde (11 milliards de dollars). Les plus grands receveurs de transferts d’argent en termes de volume.
En termes du ratio de transferts par rapport au PIB, avec ses 22,7% du PIB en 2014, Haïti figure en 8e place dans la liste des plus gros receveurs de transferts, derrière le Tadjikistan, la République Kyrgyz, le Népal, le Tonga, la Moldavie, le Libéria et les Bermudes, selon la Banque mondiale.
Qu’arrivera-t-il à Haïti si, par hasard, les meilleures terres de refuge de ses citoyens à l’extérieur resserrent l’étau sur l’immigration comme ce relent qui arrive des Etats-Unis ou de la République dominicaine ? Les think thank, dans le pays qui réfléchissent sur la question quant à un meilleur emploi des fonds reçus en transferts de la diaspora, sauront-ils montrer la voie ? Comme les transferts s’effectuent sur une base personnelle, on se demande comment on va procéder pour les rendre productifs. Il est encore tôt pour prédire avec exactitude la chute en volume des transferts d’argent vers Haïti.
Cependant, il serait de bon ton que les élites haïtiennes commencent à réfléchir et à se prémunir contre un ralentissement de la manne des transferts. Cela doit passer par une diversification de nos sources de devises, un apaisement de nos crises politiques, une quête permanente de la stabilité socio politique afin de faciliter l'arrivée des investissements étrangers, la création de nouveaux emplois et la relance des exportations.
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