Les statistiques sont implacables. D’octobre 2016 à mars 2017, soit les six premiers mois de l’exercice fiscal 2016-2017, les recettes tirées des produits pétroliers ont rapporté 658 millions de gourdes. Pour l’exercice fiscal 2015-2016, l’Etat haïtien a collecté des recettes sur l’importation et la vente des produits pétroliers qui lui ont permis de rentrer dans ses caisses plus de 8 milliards 427 millions de gourdes pour la période allant d’octobre 2015 à septembre 2016. La chute des rentrées sur ces produits est vertigineuse. Si la tendance se maintient, si les prix à la pompe ne sont pas révisés à la hausse, c’est moins d’un milliard de gourdes que l’Etat haïtien tirera des produits pétroliers pour l’exercice en cours contre 8 milliards l’année fiscale précédente. L’administration Moïse-Lafontant va-t-elle prendre des mesures pour rétablir la manne pétrolière ? Manne parce que les revenus générés par les produits pétroliers sont des rentrées sûres et clairement contrôlables, ce qui les différencie des autres sources de ressources. Pour comprendre l’effondrement des recettes, pour le mois de mars 2017 les taxes sur le pétrole ont rapporté 22 millions de gourdes et des poussières. Rien qu’en mars 2016, c’est 850 millions que l’Etat avait tirés de l’importation et de la vente du pétrole. Ce que les produits pétroliers avaient permis d’engranger seulement en mars 2016 est supérieur à ce que l’Etat en a tiré pour les six derniers mois (d’octobre 2016 à mars 2017). Pour comprendre le poids des produits pétroliers dans l’économie haïtienne, il faut savoir que pour l’exercice 2015-2016 les cinquante plus grands importateurs du pays (tous produits, sauf le pétrole) ont laissé dans les caisses de l’Administration générale des douanes près de 17 milliards de gourdes. Les produits pétroliers à eux seuls ont représenté pour la même période plus de 8 milliards de gourdes. Le poids du pétrole est énorme quand tout va bien. Énorme quand l’État en subventionne les prix à la pompe. Énorme quand on sait que c’est un produit vendu en gourdes, mais payé en dollars, d’où l’énorme pression que la mauvaise gestion des prix induit sur le coût d’acquisition de devises. Le choc est d’autant plus douloureux que la baisse des prix des produits pétroliers sur le marché mondial a annihilé les bénéfices à court terme que le pays tirait de PetroCaribe. Nous sommes en pleine période de désintoxication sauvage aux ressources à bon marché que les mécanismes de cet accord qui lie Haïti et le Venezuela permettaient. Alors que les fonds PetroCaribe se tarissent, le président Jocelerme Privert, après une tentative avortée d’ajuster les prix à la pompe, avait laissé la situation pourrir. La nouvelle administration Moïse-Lafontant n’a toujours pas levé le petit doigt pour se colleter au problème. Nous laissons courir la facture pétrolière pour ne pas déplaire aux syndicats de chauffeurs et à la population. Cela aura des conséquences. Plus les jours passent, plus l’Etat va perdre de l’argent et les incidences de cette mauvaise gestion de la manne pétrolière vont se faire sentir. D’autant que le gouvernement a des feuilles de route ambitieuses, annonce pour bientôt la présentation d’un budget rectificatif et doit déjà préparer un nouveau budget à mettre en chantier d’ici le mois de juin 2017. Après les feuilles de route, ensemble de vœux largement large, on attend les plans d’action et les limites que la réalité budgétaire imposera aux rêves. Cela passe, dans un sens comme dans l’autre, avec un ajustement à la hausse des prix à la pompe ou un maintien du statu quo, par le pétrole. Par la gestion de la manne pétrolière.