Par Pierre-Raymond DUMAS L'administration en cascade Moïse-Lafontant dont les composantes parlementaires sont avérées est en train de procéder à des nominations à tous les échelons de l’administration publique, mettant ainsi fin à l’ère Privert qui, en violation de l’accord du 5 février 2016, avait révoqué beaucoup de fonctionnaires du gouvernement tèt kale. Mais, disait-on silencieusement, quid du respect des principes ? Avait-il le choix ? Qui aurait pensé, alors, qu’il en serait autrement ? Dans le premier cas ou le second ? Dans le premier cas, au niveau du PHTK, il fallait apporter toutes sortes de support et d’aide pour permettre la réussite du sénateur des Nippes Jocelerme Privert. Sans toutefois procéder à des révocations massives, à un remue-ménage radical au niveau de l’appareil d’Etat, cette réussite voulait dire mettre en place un gouvernement, replâtrer le Conseil électoral provisoire, organiser les élections le 24 avril 2016, permettre l’installation d’un président élu le 14 mai 2016. C’est ce qui a été inscrit dans l’accord qui a permis une sortie «honorable» au président Martelly, empêtré et affolé. Bref, appliquer l’accord, c’était méconnaître les aléas de la vie politique et la vraie nature des alliés de circonstances dont les appétits sont insatiables, rageurs même. Haïti (mamelle) chérie … Mais jusqu’à quand ? Fort de l’appui de la classe politique, de la société civile, du Parlement et des médias avec qui il a su nouer des alliances en tous genres, le président de transition dont le mandat a expiré le 14 juin 2016 suivant l’accord du 5 février avait profité de la dynamique électorale et de l’ouragan Mathew (qui a entraîné le report officiel des élections le 5 octobre 2016) en restant au pouvoir et avait continué à nommer par-ci (des directeurs généraux et des directeurs généraux adjoints), à révoquer par-là (des délégués et vice-délégués), sans oublier les changements au niveau des missions diplomatiques et consulaires. Et quel appui ! La nomination de nouveaux conseils d’administration à la tête de la Banque centrale (23 août 2016) et de la Banque nationale de crédit (9 novembre 2016), dans des conditions discutables, en est un exemple «dérangeant», lorsqu’on tient compte de l’importance stratégique de ces deux institutions dans l’orientation des politiques gouvernementales sur les plans monétaire, financier et macroéconomique. Depuis l’expiration de ce mandat, non renouvelable selon l’accord et la Constitution, Jocelerme Privert, homme d’appareil et de réseaux, n’était couvert ni par la Constitution ni par les lois haïtiennes. Suivant les articles 217 et 218 du code pénal, il était en situation d’usurpation de titre, de fonction et de qualité et était passible d’amende et d’emprisonnement, précisent ses pires adversaires et contempteurs, excédés par tant d’audace et d’aplomb. Même si le mandat du président (en situation d’extraconstitutionnalité) était arrivé à terme le 14 juin 2016, ce dernier se comportait superbement comme un chef d’État normal, c’est-à-dire élu et, par conséquent, légitime au vu du nombre effréné des nominations effectuées. Allègrement. Un véritable ouragan ! De plus, la convocation du peuple dans ces comices, le 19 juillet 2016, dans la perspective de la réalisation des prochaines élections présidentielles et législatives du 9 octobre 2016, constituait l’un des actes importants qu’il a posé, largement soutenu par la communauté internationale à travers notamment le Core Group. Mais, grand bénéficiaire et profiteur de l’après-Martelly, le Parlement à qui il incombait de constater la fin du mandat présidentiel et d’agir en conséquence, a gardé une position pour le moins complice. Deux séances en Assemblée nationale, respectivement le 18 juin et le 14 juillet 2016, pour décider du «sort» de leur ancien collègue, furent avortées à dessein. Le partage du gâteau était plus important que le respect de la parole donnée ou des normes. À l’agitation tèt kale s’était substituée la courte transition doucereuse made à la Privert. À l’hégémonie Martelly-Lamothe a succédé l’Etat «patatiste» fondé sur une coalition multipartisane à dominante lavalassienne … Cette stratégie du fait accompli a connu du succès parce qu’il s’inscrivait dans un contexte houleux où les principaux acteurs étaient soucieux davantage de leurs intérêts immédiats et non des principes constitutionnels ou démocratiques. Sauve-qui-peut individuel ! On a comme l’impression qu’on vient de vivre une de ces saisons de charbon, de fourberie, une de ces périodes de courte transition dominée par l’appât du gain facile, comme toujours. Le «ôte-toi que je m’y mette» a fonctionné à plein régime. La vie en rose ! Il ne fallait pourtant pas s’illusionner. D’autant plus malheureusement que sa source était provisoire … «Baton ki bat chen nwa se li ki bat chen blan». Avec la victoire électorale inespérée de Jovenel Moïse, c’est le retour de la balançoire. En clair. Rien d’étonnant. Est-ce que cela va de soi ? Pardon : «Est-ce que ça dérange ?» N’exagérons rien. Pas question de parler de chasse aux sorcières ! De nouvelles nominations attendues, oui. Voilà les opposants prévenus.