Jovenel Moïse, élu président, est le choix gagnant de Michel Martelly. Sans renier ni embrasser avec ferveur l’héritage de son mentor politique, « Nèg Bannan nan » avait trouvé la formule efficace pour tracer son chemin vers la magistrature suprême de l'État. Il continuera les bonnes initiatives du président Martelly et se dissociera des mauvaises, avait promis Jovenel Moïse. Au palais national depuis le 7 février, le chef de l’Etat occupe l’espace médiatique, multiplie les visites et les promesses comme s’il était encore en campagne.
Pour le moment, il n’a pas visité le complexe d’infrastructures sociocommunautaires de Wharf Jérémie, abandonné, après avoir coûté la rondelette somme de 23 millions de dollars américains, prélevés des fonds PetroCaribe. Le marché public de Fontamara, qui a coûté plusieurs millions de dollars, est à l’arrêt depuis plus d’un an. L’hôpital Simbi dont la construction a mobilisé des millions de dollars, n’est pas sur le point d’être ouvert. Le besoin d’inventaire devrait concerner une multitude de projets et chantiers, tous financés avec les crédits PetroCaribe.
Est-ce que le président Jovenel Moïse a décidé de regarder ailleurs pour ne pas embarrasser certains ? Craint-il d’ouvrir la boîte de pandore ? Difficile à dire. Le Parlement, chargé de contrôler l’action de l’exécutif, ne semble pas vouloir remuer les cendres chaudes d’un passé récent. Après tout, au bicentenaire, les majorités ne montrent aucune intention de demander des comptes. L’actuel président du Sénat, Youri Latortue, pourrait en témoigner. Son rapport sur l’utilisation des fonds PetroCaribe n’est toujours pas approfondi. Au contraire, il glisse petit à petit dans l’oubli. L’audit systémique n’est pas pour demain.
Il semble, en attendant de voir en quoi consistent les amendements à des articles sur la loi sur les marchés publics évoqués dans l’agenda législatif 2017, que le statu quo serait un choix. Pour continuer à faire du « business as usual ». Serait-il donc, jusqu’au bout de cette logique, plus rentable de signer de nouveaux contrats pour construire des infrastructures qu'on ne veut pas, que l’on ne s’empresse pas d’utiliser ? Entre-temps, dans cette république où des chefs sont friands de contrats gré à gré, sans appel d’offres, quelquefois sous le manteau de l’urgence, la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif, à en croire son président, lutte contre des forces puissantes et obscures, dérangées par une certaine volonté de ce conseil de veiller au grain. Comme si, là encore, pour les acteurs du statu quo, il serait mieux de regarder ailleurs alors que la gestion efficiente de nos maigres ressources est un enjeu existentiel.
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