Ce qui caractérise le plus une institution de la trempe du quotidien Le Nouvelliste, c’est l’ouverture. Le 1er mai 2017, la cloche du doyen de la presse haïtienne a sonné pour la 119e fois. Mais ça ne fait que commencer, dans la mesure où le train des ans réserve un siège en permanence à cet honorable passager résidant à la rue du Centre. Un passager de 119 ans ayant dans ses valises des artisans, des intellectuels, des poètes, des artistes, des sportifs, des professionnels, des sans-voix, pour ne citer que ceux-là. Encore de fraîches tranches de gâteau sur la table du 119e anniversaire de ce doyen qui ne cesse de grandir. Il n’est donc pas trop tard pour défiler sur le terrain du Nouvelliste avec toutes les plumes sportives qui ont largement profité de l’hospitalité des responsables du plus sportif membre de la presse écrite haïtienne. La liste est très longue, puisque les colonnes du Nouvelliste n’ont jamais pratiqué l’exclusion. C’est ainsi que le doyen a notamment ouvert ses portes à Yves Jean-Bart (Dadou) et Jean-Claude Sanon, deux légendes de notre presse sportive. À mon arrivée sur le terrain du Nouvelliste en juin 1975, ce furent surtout les racinistes et les violettistes qui dominèrent les tribunes de ce quotidien. Parmi les racinistes du journal , le monument Carlo Désinor et le jeune administrateur Max Chauvet. Dans les rangs violettistes se détachèrent Martial Jean-Louis, récemment décédé, et l’immortel directeur Lucien Montas. Quand à l’inoubliable Clarens Pierre-Pierre, il suivait les débats en souriant. Au cours des années 70, les commentaires étaient très animés sur le terrain du Nouvelliste, surtout au lendemain du derby national Racing – Violette. Le champ de mes souvenirs nouvellistiques est très vaste en ce qui concerne cette tranche de notre histoire sportive que représente la coupe Pradel. Par exemple, cette envolée de Max Chauvet à la suite d’un spectaculaire combat des fauves : « Le Racing a gagné, mais Philippe Vorbe a joué un grand match ». Maxo est un adepte de l’équilibre. Toujours sur le banc des souvenirs nouvellistiques, la réaction de l’exemplaire directeur Lucien Montas après avoir reçu mon papier au sujet d’un piètre Violette-Bacardi (2-1). « Le Violette a gagné, mais »… C’était le titre de mon article. « Pourquoi ce mais » ?, me demanda M. Montas. Ce n’était qu’une plaisanterie puisqu’il ajouta :  « Tu as raison Raymond, car le Vieux Tigre n’avait rien de commun avec un fauve en la circonstance. » Cette couronne de souvenirs reflète la camaraderie et la sportivité sur le terrain du Nouvelliste. Hier, aujourd’hui et certainement demain. Parce que, à tous les niveaux, ce colossal monument de la presse haïtienne ne recule pas. Une pensée fraternelle à nos collaborateurs qui nous ont quittés. Merci Carlo, merci Lucien, merci Clarens, merci Martial ! Du courage à ceux qui, aujourd’hui, défendent professionnellement les couleurs du Nouvelliste sur le terrain médiatique. Par conviction, par la plume, par action, par la pensée.