En obtenant le renouvellement pour six mois du statut de protection temporaire (TPS) pour plus de cinquante mille Haïtiens qui vivent aux États-Unis d’Amérique, les organisations de la société civile haïtienne de la diaspora nord-américaine, les élus américains amis d’Haïti, les défenseurs des droits de la personne et le gouvernement haïtien ont remporté une victoire au goût amer : six mois c’est peu quand on en espérait dix-huit.
Cela dit, nos compatriotes ont du temps pour mettre de l’ordre dans leurs affaires et continuer le combat. La politique est dynamique et qui sait dans six mois quel sera le climat migratoire aux USA ?
Le statut de protection temporaire, le fameux (TPS) n’est cependant pas un sésame, un droit de résidence permanent. Un jour ou l’autre, plus tôt que tard, il ne sera plus renouvelé. Il faut que ceux qui sont sur le front s’y préparent et adoptent déjà d’autres stratégies, évaluent de nouvelles pistes. Si, après le 12 janvier 2010, le président Barack Obama a octroyé ce statut particulier aux Haïtiens et l’a renouvelé à plusieurs reprises, il n’en a pas toujours été ainsi.
Cela fait plus de soixante ans que, dans des proportions notables, nos compatriotes vivent, s’installent et régularisent leur situation dans un ordre ou un autre aux États-Unis. Pour certains, arrivés avec tous les documents requis pour obtenir leur green card, l’ordre des choses a été de se régulariser, de s’installer et de vivre. Pour d’autres, cela a pris l’ordre inverse : ils ont vécu aux USA, s’y sont progressivement installé dans le pays avant de pouvoir y régulariser leur présence.
Vendredi dernier, au Centre culturel de Little Haiti, en pleine célébration musicale du mois de l’héritage haïtien et de la fête du Drapeau, plusieurs voix ont recommandé aux Haïtiens de se naturaliser au plus vite pour se mettre à l’abri de problèmes aux États-Unis. Un peu plus tôt, des personnalités avaient fait le bilan de la lutte, une de plus, que les Haïtiens mènent, avec Miami comme épicentre, pour s’intégrer au pays de Donald Trump. À l’occasion, un avocat comme Ira Kusban a été honoré, comme un clin d’œil à l’aspect légal que doit avoir toute tentative de prendre racine aux USA.
En effet, au pays où la loi règne en maître, il ne faut jamais sous-estimer ce qu’un juge peut décider et les immenses ressources de la législation américaine, ce pays d’immigrés, pour absorber et accueillir de nouveaux arrivants. La bataille ne fait que commencer pour le TPS ou pour toute autre forme de régularisation des sans-papiers haïtiens en Amérique du Nord et elle sera une bataille légale en espérant qu’un jour, le gouvernement haïtien, avec une politique migratoire articulée, mettra tout son petit poids dans la balance pour les supporter dans leur démarche.
L'idéal serait de ne pas partir, d'être bien à la maison et de ne pas avoir à mener des luttes sous d'autres cieux. En attendant ce jour, luttons pour ce qui est a porté de main et pour tout ce qui est souhaitable ici. Une bataille n'empêche pas l'autre.
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