Tout a commencé parce qu’un jour, Lubien Macome a voulu mettre la main à la pâte. Il en a eu assez d’être ce professeur de lycée passif qui apprenait à ses élèves le b.a ba de l’école fondamentale, et a voulu faire la différence. Après maintes réflexions, des milliers d’hésitations et une horde de découragements, Lubien décide de mettre sur pied son rêve. 13 ans plus tard, l’école de musique Othello Bayard est toujours la seule dans la ville des Cayes.
« Au début de l’année 2003, j’étais dans un taxi aux Cayes quand un jeune enfant a arrêté la voiture et, avec son révolver, il a rançonné le chauffeur. J’étais sidéré et triste. C’est à ce moment que j’ai vraiment décidé de faire quelque chose de positif. Je me suis dit, si certaines personnes pouvaient utiliser des enfants dans un mauvais contexte, je devrais pouvoir leur donner un outil positif pour les aider à suivre le droit chemin », raconte aujourd’hui Lubien Macome. Assis tranquillement dans le bureau de Ticket, l’entrepreneur de 51 ans s’exprime d’une voix claire et précise. Son histoire, Lubien la connaît par cœur. Il l’a déjà racontée des dizaines de fois. En chemise rouge à carreaux simples et pantalon foncé, il ne lui manque que l’allure sévère du professeur pour savoir tout de suite qu’il passe ses journées dans des salles de classe.
Fondée en 2004, l’école de musique Othello Bayard n’a plus à faire sa réputation dans la ville des Cayes. « Aujourd’hui, tout le monde ici sait que nous existons. De notre ouverture à maintenant, nous pouvons compter près de trois mille enfants qui ont fréquenté l’école. C’est une grande fierté », assure ce père de trois garçons qui fréquentent actuellement l’université. « Nous recevons des enfants de 6 à 17 ans. Mais nous avons remarqué que nous avons de la difficulté à construire un vrai orchestre parce que, dès que la majorité est atteinte chez les jeunes, ils viennent étudier à Port-au-Prince et nous devons recommencer. Nous avons donc décidé d’ouvrir nos portes aux adultes domiciliés aux Cayes », explique encore Lubien Macome.
Comme tous les débuts, celui de l’école Othello Bayard n’a pas été facile. « On pensait que j’étais fou », lâche-t-il dans un rire étouffé. « Dieu merci, Fritz Valesco, mon conseiller de l’époque, m’avait bien préparé. Il m’avait déjà dit que je ne devais pas me lancer dans cette aventure si l’objectif principal était d’amasser de l’argent. Je savais que tout ne serait pas rose », raconte Lubien, les yeux dans le vague, comme remontant le temps. « À l’époque, je venais de sortir mon premier livre de créole. Je prenais tous les revenus pour investir dans l’école, plus une partie de mon salaire d’enseignant. Mes garçons étaient des enfants à cette époque. Heureusement que ma femme m’accompagnait car elle comprenait ce que je voulais accomplir », confie-t-il, un sourire apaisé sur les lèvres. Marié depuis 26 ans à l’amour de sa vie, il l’aurait choisie encore et encore si le choix s’était imposé à lui à nouveau.
Aujourd’hui, l’école de musique Othello Bayard reçoit plus de 100 élèves par année. « On apprend à jouer presque de tous les instruments. Le violon, le violoncelle, la guitare, les instruments à vent, le piano, la flûte, etc. On va aussi revenir avec les cours de chant. Malheureusement, la musique qu’on apprend à l’école, ce n’est pas cette musique qui rapporte de l’argent. Rares sont les musiciens d’un groupe qui joue du compas qui savent lire une partition », affirme Lubien. « Pour s’inscrire, un enfant donne des frais de 100 gourdes et chaque mois une cotisation mensuelle de 250 gourdes est demandée. Avant, on travaillait du lundi au samedi, maintenant, on ne dispense les cours que le week-end. Avec les professeurs qui doivent rentrer de Port-au-Prince, le local qui n’est pas à nous et d’autres contraintes, nous devons nous accommoder », ajoute-t-il.
Deux des principaux objectifs de Lubien Macome, c'est d’avoir son orchestre et son propre campus. « Pour l’orchestre, nous mettons déjà en place les bases nécessaires. Quant au campus, nous avons déjà le terrain et les plans de ce que nous avons en tête. Mais ce n’est pas facile. À part nos partenaires annuels, comme la BRH, la Fondation Sogebank ou encore la Fondation Lucienne Deschamps, l’État ne nous aide pas. Et le campus serait complet et idéal avec dortoirs pour les professeurs, cafétérias pour les élèves, et une cour appropriée pour notre camp d’été, qui est d’ailleurs une de nos activités les plus prisées. Chaque année, pendant l’été, nous organisons un grand camp de musique pour les enfants et à la fin nous le clôturons par un concert », raconte le directeur et fondateur de l’école, qui, soit dit en passant, n’est pas musicien.
Pas de doute sur la relève pour prendre en main l’école au cas où Lubien n’en serait plus capable. Son second fils, Ketler Macome, est saxophoniste professionnel, a déjà sorti deux albums pendant qu’il étudie la musique au Miami Dade College. Son fils aîné finit l’adminstration à Port-au-Prince et son troisième, excellent en flûte, compte aussi aller dans la même branche. Question de tout gérer quand papa prendra sa retraite. « Othello Bayard est une grande famille. Je dis toujours que quand on y entre, c’est pour la vie. Je pense avoir réussi à aider plusieurs jeunes avec l’école et j’espère pouvoir continuer à le faire pendant encore longtemps », affirme d’un ton ferme Lubien, amateur de tonmtonm, de lecture et de musique classique.
La cartographie de l’industrie haïtienne de la musique a obtenu le soutien financier de l’ambassade de Suisse, de l’OIF, de la FOKAL et la Fondation Deschamps, l’appui opérationnel du ministère de la Culture, de l’IFH et des Alliances françaises, de Radio Télé Métropole, du Groupe Le Nouvelliste, du ministère du Tourisme, de la Commission nationale de l’UNESCO, du CFI et de la CCIO.
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