À son retour de voyage ce jeudi, lors de son point de presse à l'aéroport, le président Jovenel Moïse va-t-il dire son mot sur la question du salaire minimum ? Le président est attendu au tournant par les patrons, par les ouvriers et par tous les gagne-petit de la République. Le 21 avril dernier, dans les colonnes du Nouvelliste, un éditorial disait ceci : « Avec la décote de la gourde, la question du salaire minimum va revenir sur le tapis plus tôt que tard. Si la sous-traitance dit bien payer ses employés, elle n’a rien à craindre et ne devra pas se mettre en croix une nouvelle fois au-devant d’une bataille qui ne donne pas bonne réputation. L’ADIH peut même prendre les devants. Indiquer des pistes aux autres secteurs. Être le moteur au lieu d’être le perpétuel frein des batailles sociales. » C’était en avril dernier. Il n’y avait pas encore eu le 1er mai, date à laquelle le Conseil supérieur des salaires devait acheminer ses recommandations au gouvernement pour ajuster les rémunérations pratiquées dans les secteurs régulés du marché de l’emploi. C’était avant que le président de la République ne rate l’occasion de la fête du Travail et de l’Agriculture pour placer son mot sur la problématique « travail et revenu » en Haïti. L’éditorial cité date d’avril dernier, les prix des produits pétroliers n’avaient pas encore été revus à la hausse avec le cortège des ajustements de prix dans toutes les branches d’activités. C’était avant que le gouvernement ne décide d’augmenter les prix des courses en transport collectif de 50% sur certains trajets pour apaiser les chauffeurs publics. Le conseil prodigué à l’Association des industries d’Haïti (ADIH) c’était avant que les syndicats d’ouvriers de la sous-traitance ne gagnent les rues pour réclamer une augmentation substantielle du prix de leur courage. Avant que le gouvernement n’envoie contre les protestataires les matraques et le gaz lacrymogène de la Police nationale d’Haïti. La Nouvelliste avait parlé avant que le président de l’Association des industries d’Haïti, face institutionnelle des propriétaires de factory, ne se prononce contre toute augmentation de salaire dans son secteur d’activité. Pour Georges Sassine, « augmenter le salaire dans ce secteur, c’est comme augmenter le coût de production ». Bien entendu, les ouvriers qui réclament 800 gourdes par jour sont dans leur droit, comme Sassine qui ne veut pas céder sur l’augmentation des salaires. Il revient à l’État de trancher. Comme il revenait à l’exécutif de porter le Conseil supérieur des salaires à produire des rapports et à formuler des propositions. Jovenel Moïse, président de la République, ex-parton lui-même et proche des patrons, ancien président de la Chambre de commerce et d’industrie du Nord-Ouest (CCINO), ex-secrétaire général de la Chambre de commerce et d’industrie d’Haïti (CCIH), ex-membre de la Commission présidentielle sur la compétitivité (présidence de René Préval), homme d’affaires avant de devenir politicien, va-t-il prendre fait et cause pour ceux qui lui sont proches idéologiquement ou pour ceux qui ont, sans doute, voté pour lui ? Le président Moïse, pour traverser la crise sociale, saura-t-il faire la part des choses pour préserver les emplois et la paix sociale ?