La nouvelle est en train de passer comme une lettre à la poste. Comme un ballon bien ajusté dans la lucarne par un astucieux tireur de coup francs. C’est pourtant un vrai choc. Dimanche, un club dominicain, le Cibao Football Club, est devenu le meilleur club de la Caraïbe à l'issue d'une compétition à laquelle Haïti participe depuis des lustres. Le Don Bosco, club haïtien le mieux placé dans la compétition, n'y a arraché qu'une troisième place. Aucun club haïtien n’a encore été champion de la Caraïbe. Notre dernière victoire dans la Concacaf remonte à 1984 avec le Violette Atlethic Club et à 1963 avec le Racing Club Haïtien. Le diable n’était pas caporal à l’époque. Raphaël Féquière a traité la nouvelle de la victoire du Cibao Football Club dans sa rubrique « La goutte d’oh! » de la section sportive du journal, mais elle mérite que l’on revienne dessus. En football aussi, les Dominicains sont en passe de nous surpasser. Ce n’est pas rien. Jusqu’à présent, Haïti, qui a déjà participé en 1974 à la Coupe du monde de football, se croyait le maître du football sur l’île. Mais voilà que nos voisins dominicains mènent depuis des années une politique sportive cohérente pour rattraper leur retard. Le football dominicain s’est doté en infrastructures et en écoles de foot, dont deux pilotées respectivement par le Real Madrid et le FC Barcelone, alors qu'en Haïti la seule école publique de formation sportive, l'ENTS, est fermée jusqu'à nouvel ordre. Nos derniers stades ne sont pas aux normes et financer le sport est une discipline compliquée en Haïti. En République dominicaine, il y a une vraie politique sportive de l’État. Des entreprises et des hommes d’affaires s’impliquent dans le sport. Il existe chez nos voisins une ambition et une fierté de tout faire pour faire flotter le drapeau national dans les compétitions. Les résultats suivent. Le bon déroulement du championnat professionnel de football dominicain constitue un autre indice des progrès en cours de l'autre côté de la frontière. On joue. On se confronte. On s’évalue. L’émulation est la norme dans toutes les disciplines sportives. Le Cibao Football Club (deux ans d'existence seulement, alors qu’Haïti a des clubs de foot qui frisent le siècle), nouveau maître de la Caraïbe des clubs, dispose des services de trois joueurs haïtiens : Charles Hérold Junior, Woudensky Marlet Cherenfant et Paulson Pierre. Un seul d’entre eux est en équipe nationale haïtienne : Charles Hérold Junior. Woudensky Marlet Cherenfant, meilleur buteur de la Caraïbe, n’est pas dans le onze national. C’est tout dire. En histoire, nous ressassons toujours les prouesses de 1804. En football, celles de 1974. Il y a des raisons à cela. Nous n’investissons pas en pensant à l’avenir en football comme en tout.