Le Sud est le deuxième département du pays après l’Artibonite en terme de production rizicole. Qu’il soit dans la plaine des Cayes, à Torbeck ou à Chantale, la production du riz renvoie à une variété plutôt locale dénommée M8 très appréciée par les riverains étant donné que cette culture qui se fait encore de manière archaïque ne parvient pas à se développer pour s’imposer sur les tables haïtiennes.
Le passage de l’ouragan Matthew a contribué à fragiliser davantage la culture du riz dans le département. C’est dans ce contexte que la coopération Haïti-Taïwan a lancé au cours du mois de décembre 2016 le projet d’urgence post-Matthew pour le rétablissement agricole dans la plaine des Cayes.
Ce projet de 100 000 dollars américains a touché environ 5 000 riziculteurs dans le département, selon les chiffres cités par le spécialiste de la riziculture au sein de la coopération Haïti-Taïwan, Kuo Chin Chien.
Outre les séances de formation et de partage d’expériences avec d’autres riziculteurs, les planteurs des zones touchées ont bénéficié d’un encadrement technique sur le terrain dans le cadre de ce projet qui arrive à terme d’ici la fin du mois de mai.
Sur le terrain, les planteurs ont du mal à accepter la fin du projet d’urgence qui, outre les séances de formation, a su adopter une stratégie vieille au sein de la coopération depuis 2015, qui consiste à mettre les paysans en compétition en organisant un concours de rendement entre les différents participants.
L’espoir d'unifier la culture
Dans la production du riz, le morcellement des terres et la culture de diverses variétés de riz dans un même espace sont des défis que la coopération Haïti-Taïwan travaille à relever dans le département du Sud.
Selon l’agronome Lainé Jean Saurel, le type de production où chaque cultivateur décide d'utiliser telle variété de riz sur son lopin à telle période et de le laisser au repos à telle autre sans tenir compte de ce que font les autres propriétaires avoisinants permet à des oiseaux et des rongeurs de causer beaucoup plus de dégâts dans les jardins que si toute la localité allait au même rythme.
Dans la localité dénommée "Ilèbase" dans la commune des Cayes, le projet parvient à convaincre les riziculteurs sur l'impérieuse nécessité de travailler en bloc afin de limiter les dégâts d’une part, et d'autres part de faire un pas vers la modernisation de la culture du riz en quête d’image aujourd’hui.
Fier d'être l'initiateur de ce modèle de culture dans la zone, l'agronome Lainé Jean Saurel soutient "qu'aucun pays ne peut envisager le développement de son agriculture sans organiser les planteurs pour unifier leur travail, comme l'épuration de la variété de semence qu'ils cultivent dans sa zon. Sinon, le pays n'aura qu'une agriculture de subsistance ", conclut l'agronome devant une rizière s'étendant sur 86 hectares de terre qui appartiennent à plusieurs familles de paysans ayant accepté de travailler en un seul "bloc".
L’urbanisation sauvage à freiner
Les progrès réalisés dans le secteur rizicole dans le Sud frôlent aujourd'hui un danger bien plus imminent que les intempéries, la culture de morcellement et les rongeurs qui jusque-là étaient connus comme les principaux ennemis de la riziculture.
En effet, dans les plaines agricoles du Sud, l’urbanisation sauvage prend du terrain sur les terres rizicoles qu’on assèche constamment pour favoriser la construction. La zone de Lagaudray, dans la plaine de Torbeck, est un exemple à côté de la zone de Coquette dans la plaine des Cayes où la percée et l’asphaltage de la route menant à Gelée attirent et favorisent la colonisation des terres agricoles par les maisons des gens aisés sans aucune intervention des autorités locales oubliant que la construction des routes est un facteur de développement et non le développement par lui-même.
En plein jour, on peut voir l’avancée de cette colonisation qui se fait sous le regard passif des autorités locales et centrales.
A Coquette, par exemple, on voit des citoyens s’adonner à couvrir de racines de vétivers, les terres rizicoles, question de mieux assécher la parcelle destinée à la construction prochaine d'une maison .
L'agronome Bazil Jean Villeneuve travaille dans la région avec des planteurs de riz et son constat est plutôt alarmant. « Le planteur est un malheureux qui cultive sa terre sans l'encadrement de l'État et voilà que des gens viennent lui offrir de fortes sommes allant jusqu'à 5 000 dollars américains pour avoir la possession de 1/16 de terres agricoles pour bâtir leurs maisons. Que voulez vous? Ils succombent à cette tentation et l'État ne fait rien pour freiner ces actes » dévoile Bazil Jean Villeneuve.
Cette tendance à remplacer la production du riz par des masses de béton effraie encore plus les paysans qui veulent continuer, malgré l'abandon de l'État, à produire sur leurs terres, puisque les propriétaires des maisons s’amusent à détruire ou à détourner les canaux d’irrigation pour diminuer la quantité d’eau que recevaient les terres rizicoles qu’ils colonisent.
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