La Chambre américaine de commerce en Haïti (Amcham Haïti) a donné, mardi soir, un dîner en l’honneur du président Jovenel Moïse. Les membres de cette association perpétuent une tradition. Depuis plusieurs années, présidents, premiers ministres haïtiens, ambassadeurs américains en poste en Haïti ont soupé avec le gratin de la classe des affaires, périodiquement, à l’invitation de la Amcham.
Ces dîners ont toujours eu deux temps. Celui de la prise de contact quand une administration fraîchement installée se fait connaître, promène ses nouveaux hommes et calibre ses idées à l’aune des attentes du secteur privé, celui d’un ambassadeur qui arrive la tête pleine d’idées neuves, de bons sentiments, étreignant l’étoffe neuve d’un mandat jeune.
D’autres agapes ont eu le goût âpre des récriminations. Se sont tenues en des temps compliqués. Il y a eu des repas lourds à digérer, des invités pris en embuscade par des revendications inassouvies par le pouvoir en place ou par des reproches sur les mines des convives. Il y a eu surtout d’inoubliables mots d’adieu d’ambassadeur peu amènes, amers même.
Chaque président, premier ministre ou ambassadeur américain a eu son moment de gloire du haut du lutrin lors de la lecture de son discours. Chaque président, premier ministre ou ambassadeur américain a exprimé ses regrets et étalé ses limites, un jour ou l’autre dans l’accomplissement de cet exercice qu’est devenu le grand oral devant The American Chamber of Commerce in Haïti (Amcham Haiti).
Il faut dire que les entreprises réunies en cette assemblée, près de 130, si elles ne sont pas toutes américaines, développent des affinités avec les vues des Etats-Unis ou entretiennent des relations commerciales importantes avec les USA. Plus que tout, les membres de la Amcham Haïti représentent les plus grands payeurs de taxes à l’État haïtien. Ils sont créateurs d’emplois et de valeurs.
Cela devrait leur donner un poids certain. Rien n’est moins sûr. Les dîners se suivent et se ressemblent dans une harmonie parfaite où, de concert, s’élèvent des louanges pour vanter leur qualité et des regrets de ne pas voir ces réunions transformer les choses qui vont mal.
Quand mardi soir, la présidente de la Amcham, Régine René-Labrousse, a, dans son discours de circonstance, prononcé les mots suivants : « …notre économie formelle est faible. Le nombre de politiques publiques en place pour développer notre économie formelle est encore plus faible. Le nombre de personnes impliquées dans la corruption, tant dans le secteur public que dans le secteur privé, dépasse de loin ceux qui renforcent activement l'économie formelle », un ange, couvert de honte, a traversé la salle.
Quant à savoir quel sera le bilan du président Jovenel Moïse dans quatre ans sur les évidences émises par la présidente de la Chambre américaine de commerce en Haïti, personne n’avait de réponse.
Mais tout le monde a retenu la phrase du président Moïse : « Le seuil de tolérance de ce pays par rapport à l'intolérable est tout simplement intolérable. Et l'intolérable ne peut pas être toléré. »
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