Dans un avis daté du 11 mai 2017, mais publié à la fin de la semaine écoulée, le ministère du Commerce et de l’Industrie dit avoir « constaté le non respect de l’avis émis à la date du 14 février 2007 portant sur l’affichage et la monnaie régulière pour les échanges ». Cela a pris dix ans au ministère du Commerce et de l’Industrie pour se rendre compte que son avis de 2007 n’est pas respecté. Le ministère du Commerce, dans son avis de mai 2017, dit intervenir « pour rappeler au public en général et aux commerçants en particulier que, désormais, les prix de tous les produits généralement quelconques doivent être libellés en gourdes sur toute l’étendue du territoire conformément à l’article 6 de la Constitution de 1987 ». Cela fait donc trente ans que personne n’avait lu ce fameux article de la Constitution. Cela commence à devenir inquiétant. Que dit l’article 6 de la Constitution ? Il stipule : « L’unité monétaire est la gourde. Elle est divisée en centimes ». Mis à part une interprétation abusive, l’article 6 de la Constitution de 1987 amendée n’impose aucune monnaie comme instrument d’échange, comme l’article 5 n’interdit pas de parler anglais ou espagnol en Haïti tout en reconnaissant que le créole et le français sont nos deux langues nationales. Mais revenons à l’avis. Le deuxième paragraphe annonce que : « Les commerçants et les prestataires de services devront aussi utiliser le taux de référence de la Banque de la République d’Haïti (BRH) pour toute transaction nécessitant une conversion ». Ce libellé laisse croire que l’on peut vendre produits et services dans toutes les monnaies de la terre. Il suffit de se servir du taux de référence de la BRH. Ce qui est interdit dans le premier paragraphe avec « les prix de tous les produits généralement quelconques doivent être libellés en gourde » est permis si on utilise le taux de référence de la BRH. L’avis interdit quoi au final ? Pour conclure, l’avis proclame que « le ministère veillera, à travers ses brigades d’inspecteurs, à la stricte observance dudit avis et fera appliquer contre tout contrevenant les dispositions de loi les plus rigoureuses en la matière ». Lesquelles lois ne sont pas mentionnées dans le texte. En dépit des faiblesses de l’avis, on peut se demander si le ministère du Commerce et de l’Industrie cherche à faire plus qu’un coup d’épée dans l’eau avec cette initiative ? Il n’y a pas encore de conférence de presse, pas de campagne publicitaire ni d’explications au grand public. Le MCI semble bien seul dans sa bataille. On ne voit à ses côtés ni les banques, ni les Chambres de commerce, ni la police, pas même les consommateurs. En 2007 déjà, une tentative de faire régner une seule monnaie dans le pays avait échoué. À la fin des années 80, au début des années 2000, des rumeurs laissant croire que l’État voulait réglementer le marché des changes avaient provoqué des mouvements importants de transferts de devises vers l’étranger. Le ministère du Commerce et de l’Industrie a-t-il pris toute la mesure de son envie subite de s’ériger en régisseur des prix ? Si oui, il doit faire plus. Sinon, il doit vite oublier son avis peu avisé.